Page 1 sur 33

Litres et ratures

MessagePublié: 19 Aoû 2010, 18:00
par Martin
Pour parler des bouquins.

Image

Sur les conseils d'un pote, je viens de lire un bouquin branchouille pour changer, Le ParK de Bruce Bégout, qui a une tête à être interviewé par Chronic'art. C'est pas mal du tout d'ailleurs, encore que ça sent un peu son prof de philo qui écrit de la tête plus que du vécu. C'est la description d'un parc d'attraction imaginaire sur une île en Indonésie... En gros c'est un mélange d'Auschwitz et de Disneyland, sorte de dystopie évoquant le monde contemporain et notre indifférence au mal, ou quelque chose du genre.

Ca ressemble à pas mal de choses, notamment à la partie W de W ou le souvenir d'enfance de Perec. C'est bien écrit, mais avec des tics un peu péreciens (les énumérations notamment), et sans le côté poignant de l'écriture, vu que c'est tout de même avant tout de la provoc' cérébrale.

Image

Sinon je suis sur Le Fils de la servante de Strindberg, et bon j'adore Strindberg parce qu'il est ouf guedin, et son autobiographie ne manque pas de piquant. Je me traîne aussi dans un livre de Raymond Guérin, L'Apprenti, qui raconte la life d'un employé d'hôtel onaniste (le mec est super fort, il se branle sans se toucher), c'est pas mal, mais un peu longuet, du coup je l'ai demi-molle et pas plus.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 20 Aoû 2010, 12:00
par Vinz
Je lis ça :

Image

J'en chie un peu :|

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 20 Aoû 2010, 12:23
par Martin
J'ai jamais réussi à entrer dans Ulysse. Pourtant en Hypokhâgne mon prof d'anglais que j'aimais bien (c'tait un vieux tordu) s'extasiait dessus, et le principe me dit bien.

Faudrait que j'essaye en anglais, en même temps j'ai peur comme l'écrivait Pierre sur PJ que ce soit trop formaliste pour être honnête. Bon le formalisme qui était à la mode à une certaine époque et qui a donné les pensums les plus chiants de Robbe-Grillet. Je sais pas. J'ai un assez bon souvenir de Dubliners et de Portrait de l'artiste..., donc à voir... Un jour.

Hier soir au lieu de faire du Borderlands j'ai fini mon Strindberg, qui m'a beaucoup plu. Du coup j'ai enchaîné sur ça :

Image

L'intro est très intéressante, en gros il cherche à montrer comment l'identité juive a été construite fictivement, ce qui pose problème dans un pays comme Israël fondé sur cette "nation juive". Ca fait longtemps que je cherchais à lire une histoire d'Israël et de sa fondation, et je pense qu'il va y avoir de ça dans la suite du bouquin. J'aime beaucoup ce qu'il dit à propos de la reconnaissance d'Israël dans ses frontières de 48... "ce n'est pas parce qu'on est le fils d'un viol qu'on n'a pas le droit de vivre" (cité de mémoire).

Mais là je peine un peu plus au bout d'une centaine de pages parce que ça part un peu en discussion bibliographique sur la notion de nation. J'imagine qu'il devait montrer son university-credibility, mais ça donne l'impression de pas avancer des masses to the point.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 20 Aoû 2010, 18:27
par sop
[HS]où est le forum cinéma ? J'ai envie d'écrire du mal d'Inception[/HS]

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 20 Aoû 2010, 18:37
par Martin
Je me disais que j'allais pas non plus créer TOUS les forums évidents, et que vous trouveriez bien le bouton nouveau sujet... :o

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 20 Aoû 2010, 19:03
par sop
Une partie entière, Frames-steez.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 20 Aoû 2010, 19:08
par Martin
Oki.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 21 Aoû 2010, 00:35
par Alexis
Tiens, J'ai "Comment le peuple Juif fut inventé" à la maison! Il était passé à la radio sur France Inter le bonhomme et c'était chouette. C'est toujours mieux à la radio.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 25 Aoû 2010, 19:45
par Shane_Fenton
Image

J'ai lu l'Intégrale de Solomon Kane de Robert E. Howard, aux excellentes éditions Bragelonne, et j'ai particulièrement accroché. C'est l'histoire d'un homme torturé, habillé en puritain mais bretteur émérite, qui combat le mal sous toutes ses formes, y compris surnaturelles, par tous les moyens, y compris surnaturels. D'ailleurs, un certain nombre de ses aventures se situent sur le Continent Noir, avec tous les clichés que cela implique de la part d'un Texan blanc (quoique son racisme s'atténue fortement dans ses dernières nouvelles). Je n'arrive pas vraiment à décrire ce qui me plaît autant dans ces histoires, si ce n'est qu'elles sont bien écrites et captivantes.

Toujours de Robert Howard, je compte maintenant attaque l'intégrale de Kull l'Atlante, une sorte de proto-Conan. Le Royaume des Chimères, la première nouvelle mettant en scène Kull, est d'ailleurs considéré comme fondatrice de l'heroic fantasy moderne.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 26 Aoû 2010, 16:37
par K2R2
Image

Je viens de le terminer et j'en suis encore sur le cul ; ça faisait longtemps que j'avais pas pris une claque comme ça avec un polar. On est très loin des sentiers battus, c'est glauque, vraiment très glauque et admirablement écrit. L'univers créé par Jack O"connell est assez fascinant, tous ses romans se déroulent dans la ville imaginaire de Quinsigamond, qu'il situe quelque part dans le Nord Est des Etats-Unis, une ancienne cité industrielle, sale, violente et décadente qu'il examine à coup de scalpel, couche par couche ; chaque roman étant l'occasion d'observer un aspect particulier de cette ville. Quinsigamond est évidemment le décor idéal pour écrire des romans noirs, mais on est assez loin des stéréotypes habituels et O'connell en profite pour dresser un portrait sombre et critique de la société américaine, sans concession, avec le regard d'un analyste lucide et quelque peu désabusé. Franchement, j'avais déjà été impressionné par BP9, son premier roman, mais là on est encore un cran au-dessus.


Du coup, j'ai enchainé sur un truc plus léger et complètement barré.

Image

Comme tous les romans de Tim Dorsey, c'est super drôle, totalement décalé et hyper caustique. Bon après, faut aimer les auteurs qui abusent du caméo, mais c'est tellement bien fait et tellement drôle que ça se boit comme du petit lait. Pour ceux qui ont déjà lu du Carl Hiaassen, c'est un peu dans la même veine, mais en plus grinçant et en plus déjanté.


Et sinon, je lis en dilettante le numéro trois des Cahiers du jeux vidéo (Légendes urbaines) et c'est toujours aussi bien fait, mais j'imagine que dans le coin tout le monde connait et qu'il est inutile d'en faire la pub.

Image

D'ailleurs il me semble avoir lu un article de Martin dans ce numéro.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 27 Aoû 2010, 19:45
par Martin
Ca me tente bien ton Jack O' Connell K2R2, je vais voir si je peux me le trouver en anglais. En même temps j'ai une sacré pile de trucs à lire.

Fini le Shlomo Sand, très recommandable comme lecture, surtout à la lueur de la politique "nationale" telle que le gouvernement actuel nous la sert... Israël s'est construit sur des mythes dangereux, et nous de notre côté on va pas revenir sur le gaulois jambon-beurre...

Suis passé à L'Auto-da-fé d'Elias Canetti. C'est l'histoire d'un sinologue obsédé par sa bibliothèque. J'en suis qu'au début, mais ça me fait un peu penser à ce roman de langue allemande du début du siècle, des trucs comme Hermann Broch (Les Somnambules) et Musil (L'Homme sans qualités)... Un roman très intellectuel, que je trouve un peu froid, et auquel j'ai du mal à me faire, mais à voir...

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 27 Aoû 2010, 20:18
par K2R2
Je pense que l'on peut trouver ça sans trop de difficulté sur Amazon, sinon tous les romans de Jack O'Connell ont été traduits en français (et plutôt bien) chez Rivages. J'avais chroniqué BP9 sur mon blog il y a quelque temps si ça t'intéresse c'est par là : http://bloggerinfabula.blogspot.com/201 ... roman.html

A tout hasard, voilà sa bibliographie complète :

- BP9 ("Box nine")
- Et le verbe s'est fait chair ("Word made flesh")
- Ondes de choc ("Wireless")
- Porno palace ("The skin palace")
- Dans les limbes ("The resurrecitonnist")

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 03 Sep 2010, 19:36
par Martin
Martin a écrit:Suis passé à L'Auto-da-fé d'Elias Canetti. C'est l'histoire d'un sinologue obsédé par sa bibliothèque. J'en suis qu'au début, mais ça me fait un peu penser à ce roman de langue allemande du début du siècle, des trucs comme Hermann Broch (Les Somnambules) et Musil (L'Homme sans qualités)... Un roman très intellectuel, que je trouve un peu froid, et auquel j'ai du mal à me faire, mais à voir...


C'est pas un hasard si c'est le seul roman de la carrière de Canetti, c'est pas un romancier le gars. Les personnages font faux, du coup même si c'est assez brillamment écrit, impossible de s'intéresser plus d'une centaine de pages...

Du coup j'ai lu le Tirez sur le pianiste de David Goodis, que Truffaut a adapté avec Aznavour (sa race le DVD est à 30 euros). Pas un chef d'oeuvre, mais un bon petit polar désespéré sur un looser qui est humain lui, malgré le ton parfois un peu mélo. Ca se lit vite, c'est pas mal.

J'enchaîne sur le Stalker des frères Strougatski. Ca fait un bail que j'avais pas lu de SF, et c'est plutôt pas mal du tout, un univers un peu dickien, l'homme face au mystère d'une civilisation extraterrestre, sauce vodka désespoir à la russe. Il y a des idées vraiment intéressantes dans l'évocation des mystères de la Zone. Faudra que je me chope le filme de Tarkovski pour voir ce que ça donne, ça peut le faire. Par contre j'aime pas trop l'édition chez Denoël, qui est apparemment toute récente. Quelques coquilles, on sent pas mal que c'est traduit (après, n'étant pas russophone, je peux pas dire plus... les frères ont peut-être aussi un style bizarre). Et puis ce drôle de choix de balancer une méga bibliographie des Strougatski, mais pas d'intro pour mettre le bouquin en perspective (surtout vu son influence dans la culture pop russe...).

Alors sinon le jeu est tout de même très loin dans la lettre, mais l'esprit reste proche. Ce n'est pas le même monde, mais les stalkers ont à peu près le même rôle, des chercheurs de trésor dans une zone ravagée par un cataclysme incompréhensible... Le coup d'ajouter Tchernobyl dans l'histoire est assez génial de la part de GSC en fait. Et il y a des hommages appuyés dans la manière dont les stalkers prennent des pseudonymes, dans l'utilisation des boulons qu'on jette pour sonder, dans les mutants...

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 04 Sep 2010, 00:03
par K2R2
De Goodis, j'ai largement préféré Rue barbare. Mais bon, le bonhomme a un peu tendance à se répéter dans ses procédés narratifs (la figure du looser est une constante chez lui).

Concernant Stalker, j'ai l'ancienne version (Présence du futur), qui coûtait un bras avant que ne sorte la réédition chez Lunes d'encre. Je n'ai jamais trouvé qu'elle méritait une nouvelle traduction, mais il faut croire que ça devient un argument commercial de poids pour Denoël. Sinon, je n'ai pas le sentiment que l'univers de Stalker soit Dickien, le thème du contact ne fait pas partie de ses sujets de prédilection et il n'y a pas vraiment de jeu sur la manipulation du réel. Par contre, le roman est empreint d'un profond humanisme, chose assez rare en SF. C'est marrant, mais j'aurais davantage rapproché ce roman de Génocide de Thomas Disch (où l'humanité est confrontée à l'invasion d'une race extraterrestre qui a décidé de faire de la Terre son potager sans tenir compte une seule seconde des humains, considérés au mieux comme de petites bêtes nuisibles et inutiles, que l'on écrase à l'occasion d'un coup de talon). On retrouve sensiblement le même vertige dans Stalker, celui d'une humanité qui n'est que quantité négligeable face à la puissance d'une civilisation extraterrestre infiniment plus avancée et définitivement incompréhensible (c'est, il me semble, ce que suggère le sous-titre du bouquin "Pique nique au bord du chemin"). En tout cas, c'est un excellent roman.


Sinon, j'ai terminé Hammerhead ranch motel et c'est vraiment une grosse grosse poilade, ce Tim Dorsey est complètement barré. J'adore !

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 04 Sep 2010, 00:08
par Martin
K2R2 a écrit:Concernant Stalker, j'ai l'ancienne version (Présence du futur), qui coûtait un bras avant que ne sorte la réédition chez Lunes d'encre. Je n'ai jamais trouvé qu'elle méritait une nouvelle traduction, mais il faut croire que ça devient un argument commercial de poids pour Denoël. Sinon, je n'ai pas le sentiment que l'univers de Stalker soit Dickien, le thème du contact ne fait pas partie de ses sujets de prédilection et il n'y a pas vraiment de jeu sur la manipulation du réel. Par contre, le roman est empreint d'un profond humanisme, chose assez rare en SF.


C'est plus le personnage un peu looser qui me rappelle certains Dick, la fille mutante me fait un peu songer à Dr Bloodmoney, et le côté totalement étrange de la Zone me rappelle Le Dieu venu du Centaure, limite Ubik... C'est assez vague, j'avoue, plus au niveau du ressenti, d'autant plus que les Dick ça fait bien dix-quinze ans que je me les suis enfilés...

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 04 Sep 2010, 00:31
par K2R2
Sinon, pas vu le film de Tarkovski, mais d'après les échos que j'en ai eu, c'est très très éloigné du bouquin et un poil chiant (un peu comme Solaris quoi).

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 04 Sep 2010, 00:36
par Martin
K2R2 a écrit:Sinon, pas vu le film de Tarkovski, mais d'après les échos que j'en ai eu, c'est très très éloigné du bouquin et un poil chiant (un peu comme Solaris quoi).


J'ai vachement aimé Solaris en fait, que j'ai vu cet été. Plus que le bouquin je crois, que je suis pas sûr d'avoir fini mais là c'était y'a des années aussi... Pourtant j'adore Lem.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 04 Sep 2010, 00:51
par K2R2
J'étais allé le voir dans un ciné indépendant de Toulouse il y a un bon paquet d'années (ou alors c'était la cinémathèque, enfin, je sais plus trop), et je m'étais endormi. Mais en même temps, je me suis aussi endormi devant Ghost in the Shell Innocence, et pourtant j'aime beaucoup.
Sinon j'ai aussi beaucoup d'affection pour la version de Soderbergh, qui a choisi à mon sens un parti-pris assez osé et recentrant son film sur l'histoire d'amour. Et puis, derrière la caméra Soderbergh est loin d'être un manche, le film est d'une beauté formelle qui m'a définitivement conquis.

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 04 Sep 2010, 11:22
par Le Yéti
Aaaah ! On parle de Stalker et de Solaris ! Cool !

Stalker pour moi a été une grosse claque : j'ai rarement lu de la SF — à part chez Dick, peut-être, oui c'est assez juste — où l'Homme a ce rôle très étrange, à la fois héros et fourmi, vulgaire détail dans une histoire qui le dépasse totalement. Ce que j'adore c'est l'univers, les formes étranges, l'horreur de la Zone et la façon dont les humains réagissent. Moi j'ai adoré et j'aime beaucoup le style, peut-être trop traduit mais en tout cas prenant.

Quant à Solaris... Le Tarkovksy est bien, le Soderbergh est mieux et le livre est un peu entre les deux. Mais c'est juste mon avis ^^

Re: Litres et ratures

MessagePublié: 04 Sep 2010, 11:48
par sop
J'ai pas vu le Solaris de Soderbergh, mais alors celui de Tarkovski, c'est... Wow :mrgreen: j'ai souvenir d'un plan interminable de genre 20 minutes sur le périphérique, juste à suivre le héros qui conduit, ensuite je me réveille et il y a des femmes bleues dans l'espace, pendant que le héros déclame de la poésie russe devant un hublot. C'est mystique.