Will a écrit:Thufir a écrit:A la fois, les femmes veulent toujours tout nettoyer. Pas de notre faute, si elles sont maniaques. Moi, tant qu'il y a pas des vermisseaux qui commencent à éclore, je vois pas l'intérêt de passer la serpillère ou de faire la vaisselle.
Ca doit être la première fois de ma vie que je suis d'accord avec Thufir. Sur le topic politique qui plus est. Les vermisseaux, c'est magique.
C'est marrant, cette approche du machisme qui consiste à dire qu'il n'y a pas de raison que les hommes s'occupent moins du ménage. J'aimerais bien savoir quand, où, et surtout, pourquoi est apparu cet imaginaire de la propreté, au nom duquel il faudrait équilibrer des temps de ménage à la con. A quel moment est apparu le message "les choses doivent être propres et rangées", qui l'a diffusé ? Ca ressemble tellement à de la philosophie de vendeur de lessive, qui pour vendre son business, commence par vendre un besoin, et pour cela, un imaginaire de la saleté.
En ce moment, j'hallucine sur le nombre de trucs proprement inutiles dont sont remplis les rayons pédoculture dans les supermarchés. Juste pour les biberons, il y a des centaines de variantes - s'ouvre par le haut, par le bas, par le milieu - avec un système d'aération anti-régurtitation - une tétine anti-bactérien - j'en passe et des meilleures. Quand je vais dans un rayon pour bébé, j'ai l'impression que mon môme est un truc genre ultra-fragile, limite faut pas qu'il respire, parce que le monde entier est une agression permanente qui menacerait de le casser, si jamais je n'achète pas tous les accessoires adaptés à chacun des mille et un dangers qu'on identifie pour moi. C'est juste hallucinant, le rayon entier du Franprix pourrait s'appeler Bullshit, ça serait à peu près la même chose.
Du coup, quand un certain discours féministe reproche aux hommes de ne pas assez s'occuper des tâches ménagères - lessive - bambins - parfum canard WC - etc. - je trouve ça juste un peu flippant. Qu'il y ait des nanas suffisamment open-minded pour gober à plein la psychose hygiéniste qu'on leur propre comme vecteur de consommation, ok, pas de souci, si ça les amuse. Mais j'ai du mal à comprendre pourquoi le fait de ne pas avoir envie de l'imaginaire pré-mâché du règne du tout blanc, de la lavande et du menthol, ferait de moi quelqu'un de pas respectueux des femmes. Il n'y a juste aucun rapport. Mais quelqu'un un jour a réussi à faire gober aux gens - et à certaines femmes - qu'il y en avait un. Ce type-là est un pur génie et je l'admire, mais c'est un génie du mal et je lui chie dans les chaussettes. Si des femmes se plaignent de l'inégale répartition des tâches de travail entre les hommes et les femmes, il y a une solution toute simple : elles n'ont qu'à en faire moins, elles verront, c'est magique, ça laisse soudain plein de temps pour faire des trucs utiles ou marrants.
Sur ce, je vais ranger les pelures de clémentine qui traînent sur mon bureau, sinon demain ma femme me tue en se levant.
La propreté c'est un marché mais c'est aussi la survie, c'est peut-être pour ça qu'on en est là, non ? Ca doit avoir un rapport avec la médecine, l'hygiène, la stérilisation, la chute de la mortalité. Alors certes c'est par une longue déformation que ça se traduit aujourd'hui en terme de produits d'intérieur parfumés et plein d'autres trucs inutiles, mais ça doit venir d'une certaine conception du progrès

. Après on parlait d'une conception un peu extrêmiste de la propreté mais c'est pas le coeur du sujet . Le vrai sujet c'est qu'il y a plein de tâches indispensables pour vivre de façon normale et confortable. Faire un minimum de ménage, tout de même, la vaisselle, s'occuper des mômes quand il y en a, faire des courses, laver le linge, faire à bouffer. Ca même si tu le fais aussi vite que possible tu dois le faire...
Et puis un détail tout con, si tu nettoies pas régulièrement le sol chez toi et que tu as un gamin en bas âge, ben il sera vite tout marron...Alors soit tu assumes de te trimballer avec un gosse qui ressemble à un goret (pourquoi pas après tout), soit tu l'habilles en marron pour pas qu'on voie qu'il est crado, soit tu nettoies le sol nettement avant l'arrivée des vermiceaux.
C'est pas simple, je sais, moi j'ai longtemps vécu sans le moindre problème dans un environnement un peu crado (voire très crado) et j'ai changé au contact de ma copine. Des fois je me demande si c'est pas allé un peu loin, des fois je me dis que c'est un bien. Il y a certainement des deux...

.
Et c'est pas "le ménage" au sens réducteur, c'est la
vie domestique, qui représente pour beaucoup de gens le reste de la vie après le boulot. C'est pas rien. Le temps où on dégage des trucs pour s'épanouir personnellement quand on ne le fait pas au taf. Pour moi ce temps est extrêmement précieux, et je crois qu'il l'est pour tout le monde, même ceux qui ne s'en rendent pas compte parcequ'ils n'en ont même pas l'opportunité.
De toute façon les gars sont quand même globalement éduqués dans la liberté, l'imagination, l'épanouissement (comme le disait un vendeur de jouets dans l'émission d'Arte sur la domination masculine, pour ce que j'en ai vu, les gamins ont des jouets plus variés et propices à l'invention, du genre chateau-dinosaure-bagnole-agent secret, par rapport aux gamines a qui on file des trucs qui semblent davantage destinés à répéter des gestes de la "vraie vie", ou alors niveau imaginaire c'est tendance princesse : en gros soit femme-utilitaire soit femme-gibier...). On retrouve un peu cette distinction dans la répartition du travail au domicile des générations de bricoleurs (ça se perd un peu j'ai l'impression, les bricoleurs) : madame nettoie et range - des activités tout de même assez répétitive et peu créatives - tandis que monsieur "bricole". Des bricolages qu'il montrera fièrement aux futurs visiteurs, alors qu'il ne viendrait à l'idée d'aucune ménagère d'exhiber fièrement ses piles de linge plié ou une machine qui vient de tourner.
C'est en fait super complexe comme sentiments ce que ça implique ces questions, personnellement j'ai l'impression d'avoir hérité d'une sorte d'avantage historique, en ayant vu ma mère se taper tout le sale boulot à la maison, et il a un peu fallu que ma copine entre en lutte pour que je m'adapte à la modernité. J'étais pas du genre gros macho caricatural, non, mais bon je laissais faire les trucs. Je me disais que je pourrais en faire plus mais tant que c'est passé j'avais le syndrome du "gars qui arrive trop tard". T'as fait la vaisselle ? A bin merde, je glandais un peu mais j'allais la faire

. T'as nettoyé le sol ? Mais c'était pas encore sale ! (Bon sur cet aspect précis, comme les gars qui précèdent j'invoque malgré tout la bonne foi). Vous voyez j'imagine...
En fait la lutte pour l'égalité à la maison c'est souvent une lutte contre soi-même pour un gars qui a été élevé avec des habitudes sexistes. On part d'une situation certes dégueulasse mais assez confortable et il faut lâcher ses avantages, les uns après les autres. Il faut aussi que la fille soit courageuse, comme le gars n'est pas toujours aussi progressiste dans les faits qu'il l'est en paroles ça passe par de la lutte, comme les luttes sociales sauf que ça se joue entre deux personnes sur quelques mètres carrés. Il faut passer parfois par les cases mauvaise foi, pleurs, incompréhension mais au final on se rend compte qu'on profite mieux du temps libre quand ce n'est pas celui que l'autre à sacrifié. On a moins de confort mais plus de bonheur (c'est du moins mon point de vue).
Enfin voilà, je trouve ça dommage de prendre ce sujet par le petit bout, comme si ce qui relève du domestique n'était pas assez noble pour être pris au sérieux. C'est pourtant lié à tout le reste et c'est une question qui peut être abordée et réglée très vite et directement, entre deux personnes. C'est peut-être pour ça qu'elle dérange d'ailleurs

.