Le droit de sous-jouer

Ca rend idiot mais c'est pas grave on l'est déjà.

Le droit de sous-jouer

Messagepar Lyle » 29 Aoû 2013, 19:21

Une réflexion que j'ai depuis quelques années et qui me revient parce que l'on parle beaucoup de rpg ici.

Je ne fais pratiquement plus de rpg aujourd'hui, mais je repense souvent à l'époque où c'était le cas. Et je dois me rendre à l'évidence : je ne suis pas, n'ai jamais été et ne serai jamais un "vrai" joueur de rpg. L'un de mes derniers, c'était FFXII. Episode que l'on tient, sans doute avec raison, pour l'un des meilleurs de la série. J'ai traversé celui-ci comme un sagouin. Je veux dire par là que ma seule préoccupation vis-à-vis des gambits était de faire en sorte que mon équipe s'autosuffise le plus tôt possible (objectif auquel je suis parvenu, mais seulement vers la fin du jeu) afin de pouvoir me concentrer uniquement sur l'exploration, magnifique ici, et l'aventure. Ce que j'aimais dans les gambits c'est, paradoxalement, qu'ils permettaient de pratiquement me débarrasser de toute la partie gestion du jeu. De passer le plus de temps possible sur le terrain et le moins de temps possible dans les menus. Et c'est la raison pour laquelle j'ai réussi à passer 80 heures sur un jeu dont l'histoire et l'ambiance ne m'attiraient pas plus que ça. Je précise que cette façon de jouer était à l'époque totalement inconsciente.

Bref, j'ai "sous-joué" à FFXII.

Par "sous-jouer", j'entends : jouer à un jeu qui offre de multiples possibilités ludiques, mais ne se souciant que de certaines et en mettant de côté voire en ignorant les autres (dans la mesure du possible), quitte même à passer à côté de ce qui fait le sel du jeu. Etant donné sa quantité de casquettes, le rpg est peut-être le cas le plus flagrant. Mais je peux parler d'autres genres. Parmi les rares fps que j'ai fait, il y a les Half-Life. J'ai fait ces titres comme de grandes aventures. Jamais je n'ai cherché à refaire plusieurs fois une séquence de gunfight pour le seul plaisir de les aborder différemment à chaque fois. Autre domaine, les shoot'em up, dont je regrette en partie la ghettoïsation ces 15 dernières années. Le raffinement des patterns et du scoring sont pratiquement devenus les seuls préoccupations des concepteurs (ainsi que de beaucoup de joueurs), alors je me suis résolu à sous-jouer les Cave, les Takumi ou les Raizing. La plupart des ces titres sont formidables mais je ne pourrai jamais exploiter plus de 20% de leur richesse. Je suis largué. Enfant de la génération Street Fighter II, j'ai aussi connu la même chose avec le fighting game, genre qu'il fallait je crois suivre assidument depuis les premières expérimentations de Capcom et de SNK pour pouvoir pleinement en profiter. Heureusement, ces deux derniers genres étant issus de la culture arcade, on peut faire sa partie de touriste et en tirer une satisfaction immédiate. Reste que la devise du support a toujours été "easy to play, hard to master". Plus problématique, les point'n click, dont les univers et les histoires sont souvent susceptibles de beaucoup m'intéresser, mais dans lesquels les puzzles historiquement tarabiscotés me fatiguent rapidement (en partie parce que je suis pas doué, il est vrai). C'est d'ailleurs pourquoi j'ai été très sensible aux démarches de David Cage ou de Telltale pour les Walking Dead.

La question que je me pose, c'est de savoir quel est mon "droit" et mon intérêt à sous-jouer à un jeu. Dans l'absolu mon droit est infini, je fais ce que je veux d'un jeu après tout. Mais quel devient, du coup, mon droit vis-à-vis des autre joueurs à parler de parler d'un jeu que je connais parfois à peine, même si j'en tire quelque chose qui reste valable d'un point de vue personnel. Je ne suis pas sûr de ma propre position. A nouveau l'exemple de l'arcade, que je pratique beaucoup sous MAME. Je pense que l'arcade, ça se joue en un crédit ou ça se joue pas du tout. Et je crois pas que je penserai différemment un jour. Pourtant je connais des adeptes du credit-feed qui sont très contents comme ça. Des gens que j'ai le droit de trouver à côté de la plaque tant ils se gâchent une expérience si immédiatement liée au support. Mais du coup, puis-je vraiment en vouloir aux rpgistes qui considèrent qu'on ne profite et on ne comprend le rpg qu'en utilisant à fond un système de jeu ou de combat, aussi élaboré et complexe soit-il ? C'est d'ailleurs en lisant certains articles traitant du genre sur Merlanfrit que j'ai pris d'avantage encore conscience de mon décalage avec les "vrais" rpgistes.

Donc en synthèse, quelques questions-clés :

- Y a-t-il des genres auxquels vous sous-jouez ?
- Si oui, est-ce que ça vous pose un problème ?
- Si oui, est-ce que c'est quelque chose dont vous tenez compte dans vos critiques (quelque soit le format, articles, blogs, posts...) ou considérez-vous que votre avis est aussi valable que celui de n'importe quel autre joueur ?
- Autre question, mais qui ouvre sur des choses plus vastes à aborder, pensez-vous que dans certains genres, les développeurs prennent en compte cette tendance à sous-jouer ? Je pense à ça parce que j'ai lu plusieurs fois des joueurs regretter une tendance à la simplification dans certains genres (les systèmes de jeu dans le rpg, les scripts qui bouffent peu à peu l'explo dans le fps ou le tps, je caricature sans doute). Mais plutôt que de considérer que les joueurs sont de moins en moins intelligents / patients, ne peut-on pas considérer qu'ils sont d'abord demandeurs de certaines choses plutôt que d'autres, ce dont les concepteurs finissent par s'apercevoir (je me fais peut-être l'avocat du diable là). Je pense que ce genre de débat a déjà dû avoir lieu ici, mais ça peut être intéressant de faire le point.
Dernière édition par Lyle le 30 Aoû 2013, 14:22, édité 1 fois au total.
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Re: Le droit de sous-jouer

Messagepar Rudolf » 30 Aoû 2013, 13:30

Alors, dans mon cas, je suis vraiment du genre à pousser assez loin les systèmes de jeu, notamment les RPG, mas aussi des jeux d'action: j'aime bien réfléchir à ce que je fais, me remettre en question dans mes choix quand je traverse un passage difficile. Par exemple dans les RPG, je privilégie vraiment la tactique au leveling pur et dur (ou alors je privilégie les deux pour certaines séries particulières comme les Megaten, dont le leveling est compatible avec ma façon lente de jouer et de tout explorer, mes personnages montent ainsi en puissance "naturellement" sans que je tourne longtemps en rond).
Pour le cas de Final Fantasy XII, là j'avoue que c'est exactement l'inverse de toi: je n'ai pratiquement utilisé aucun gambit, hormis "cibler même ennemi que le leader" par exemple, sinon je faisais tout à la main, je préférais.

Par contre, même si j'aime bien faire le plus de choses possibles dans un RPG si j'ai le temps (car si je n'ai pas le temps je me vois obligé de zapper des combats optionnels durs par exemple), j'ai mes limites: je me refuse généralement à faire des quêtes annexes nécessitant une soluce (cf Final Fantasy XII, j'ai arrêté au bout de 120 heures de jeu quand je suis arrivé à ce stade-là), ou bien qui se basent trop sur le farming et l'obtention (trop) aléatoire d'objets (ça je déteste).

Pour les jeux de plate-forme, là en général je m'y implique à 100% pour le finir complètement, trouver 100% des objets par exemple. Dans Zelda aussi je tends à être très "complétiste" (j'ai fini la quête des figurines de Wind Waker, c'est dire! Même si je ne serais plus capable de le faire aujourd'hui, j'ai moins de tolérances sur des trucs aussi mal fichus comme cette quête avec le chant du Soleil et la place très limitée de trois photos dans l'appareil photo).

En ce qui concerne les jeux arcade, peut-être que je le "sous-joue", car il est inconcevable pour moi qu'un jeu arcade soit destiné avant tout à être terminé en un seul crédit: si les jeux arcade proposent de racheter un crédit sans tout recommencer depuis le début, c'est qu'il y a une raison. Là je vais être très terre à terre, mais je pense plutôt que le but premier d'un jeu arcade, c'est de détrousser le plus possible les joueurs, sans que ça aille trop loin dans le n'importe quoi et la difficulté absurde et mal conçue au risque de l'inciter à lâcher l'affaire, donc c'est un équilibre pas si facile que ça à trouver. Si un joueur finit un jeu arcade en un seul crédit dès sa première session ou bien sur le court terme, c'est très mauvais et pas du tout rentable pour les développeurs, il faut que ce soit quelque chose qui soit possible pour une niche de joueurs et surtout sur le long terme. Donc voilà. Après, il existe bien sûr des jeux arcade qui font recommencer depuis le début, comme Wonderboy in Monster Land (du moins sur Master System on recommence depuis le début en cas de game over, je pense que c'est pareil dans la version arcade).

Maintenant, je réponds à tes questions:

- Est-ce qu'il y a des genres de jeu que je "sous-joue"? Ma réponse: tous les jeux axés arcade et surtout scoring. Le scoring ne m'intéresse pas, ce n'est pas mon truc. Si je jouais à un shoot style Radiant Silvergun ou Ikaruga, ça ne m'intéresserais pas de faire des "chains" ou de bien exploiter les couleurs.

- Non, ça ne me pose aucun problème, je ne ressens absolument aucun sentiment de culpabilité à ne pas essorer un jeu et son gameplay jusqu'à ses moindres recoins.

- Moi je considère qu'un avis d'un joueur lambda ou débutant voulant simplement finir le jeu principal n'est pas moins valable que l'avis d'un autre joueur plus "expérimenté" (dans le sens où un joueur joue depuis plus longtemps et connais plus de jeux qu'un autre, ou qu'un joueur essore davantage le jeu qu'un autre), à condition que ce soit argumenté pertinemment bien sûr. Peut-être que l'avis d'un joueur "expérimenté" sera plus complet, mais pas forcément: j'ai plus l'impression que c'est au contraire les joueurs les moins expérimentés qui développent les avis les plus développés sur un jeu et avec plus de fraîcheur, tandis qu'il n'est pas rare que je tombe sur, par exemple, un complétiste de la mort de RPG et qui livre un avis très concis voire succinct (peut-être parce qu'il est "fatigué" d'avoir passé autant de temps sur le jeu, qu'il se sent "vidé"). De plus, à passer énormément de temps sur un jeu, il se peut qu'on passe à côté des choses les plus "simples", qu'on ne ressente plus le ressenti initial du joueur, ou qu'il parle trop du système d'un jeu mais pas assez de son ressenti (ou inversement). Par contre, c'est bien que joueur "normal" indique qu'il est possible de pousser le jeu encore plus loin que ce qu'il a fait, ce qui lui permet de donner encore plus de crédit et de renforcer son avis sur ce qu'il dit: ainsi, même s'il n'a pas poussé le jeu jusqu'à ses derniers retranchements, il aura au moins livré un avis complet et en faisant le tour des possibilités du jeu, ce sera juste moins détaillé.

- Alors, la dernière question est délicate. Je dirais que ça explique en partie la simplification des jeux plus récents: les joueurs deviennent moins exigeants, veulent moins de complications, et donc veulent un plaisir plus immédiat, ont plus facilement tendance à zapper, veulent plus privilégier la forme au détriment du fond. Cependant, on peut voir aussi le problème dans l'autre sens, que ce sont les développeurs qui ont "la flemme" de faire des jeux plus complexes par rapport à des jeux d'hier, qu'en plus les coûts de développement ont augmenté, et que donc c'est eux qui conditionnent l'évolution du joueur vers plus de simplicité voire de simplification. C'est peut-être une sorte de cercle vicieux, on en vient au syndrome de l'oeuf et de la poule.
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Re: Le droit de sous-jouer

Messagepar cKei » 30 Aoû 2013, 14:04

Je pense que tu as tout à fait le droit de sous-jouer un jeu du moment qu'il ne te satisfait pas pleinement. Dans le cas contraire, je trouve ça un peu con.

Si je prend mon cas, autant je peux m'investir pleinement dans un rpg (ou d'autres genres) quand le gameplay et le contenu est au rendez-vous, autant si ce n'est pas le cas j'aurais beaucoup de mal à faire plus que terminer la trame principale (quand je la termine, parce que j'ai la mauvaise habitude de ne pas essayer de battre les boss finaux même après plus de 80h de jeu, mais c'est un autre débat).

Par exemple, sur le premier Disgaea j'ai une partie à plus de 200h, donc j'ai quasiment tout terminé. Par contre j'en ai à peine 90h au compteur des 2 et 3emes épisodes, pour lesquels l'histoire et les persos m'attiraient moins.
Pareil pour les FF, j'ai retourné tous les épisodes sauf le II et le XII qui m'attiraient beaucoup moins et demande énormément de grinding et farming (pour le XII surtout).

Après ça peut arriver de juste passer à côté d'un jeu, mais ça dépend des gouts de chacun. Dernièrement, je suis complètement passé au travers de TLoU, que ce soit niveau scénar mais aussi gameplay, c'est juste pas mon truc, j'y ai pas trouvé d'interet, etc... Pas grave. Je crois que le jeu auquel j'ai le moins accroché c'est Littlebig planet, j'ai fait que quelques niveaux avant de raccrocher. Et dans ma catégorie de prédilection, même chose avec Unlimited SaGa qui m'a énormément déçu et pourtant c'est un RPG. A la limite, pour celui-là je m'en suis voulu à moi même de ne pas avoir persisté, surtout vu le prix du jeu à l'époque (j'avais pas vraiment de gros moyens).

Rien à voir donc avec le fait de ne pas être un "vrai" joueur d'un genre, perso je fais presque aucun FPS et pourtant j'ai pris mon pied sur GoldenEye et Perfect Dark quand j'étais gosse, ou encore Borderlands 2 dernièrement.
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Re: Le droit de sous-jouer

Messagepar Zure » 30 Aoû 2013, 15:56

Je crois qu'on "sous joue" tous à certains jeux. Perso, je m'investis totalement dans certains jeux parce qu'ils me "parlent", essentiellement des RPG, parfois des jeux d'action/aventure comme Tomb Raider ou les Uncharted ou certains FPS comme les Borderlands, mais il y a plein de jeux que je pratique en dilettante parce que j'en aime certains aspects mais j'ai pas envie de m'investir de manière hardcore dessus, c'est le cas de Killzone, des Resistance et de pas mal d'autres. J'ai juste envie d'explorer les choses qui me plaisent. Du coup ouais, je pense qu'on a totalement le droit de "sous jouer" si on veut, y a pas de mal à ça ! :D

Du reste, je n'aime pas le multijoueurs hors cas particuliers comme Mass Effect 3, Borderlands ou le spies vs mercs de Splinter Cell, du coup il y a plein de jeux où je n'ai absolument pas touché le mode multi (GTAIV, RDR, les Assassin's Creed, récemment le TR) ce qui correspond aussi à une manière de sous jouer puisque je zappe consciemment une partie de l'offre du jeu. Mais bon, je le paye, je fais ce que je veux avec ! :mrgreen:
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Re: Le droit de sous-jouer

Messagepar Rouille » 30 Aoû 2013, 16:27

Dans l'absolu, je pense qu'on a le droit de faire ce qu'on veut devant sa console, personne ne nous reg... hein... quoi ? Co-comment ?

Image

Personnellement je trouve la tendance à surjouer les jeux plus inquiétante : les succès visibles par tous, qui incitent les gens à faire des trucs débiles (tuer 10000 ennemis à la serpette, faire 666 fois de suite un saut carpé, trouver des thermos de café, télécharger tous les DLC pour avoir les 100%, etc...).

Personnellement je ne mets plus le nez dans les J-RPG (puisqu'on est parti de là) "à système", parce que je sais que je vais complètement les sous-exploiter, et que ça fait bien longtemps, quoiqu'on en dise, que j'ai compris que les scénars étaient toujours identiques (à quelques exceptions hein)

Après je peux prendre beaucoup de plaisir à jouer "superficiellement" à des jeux du genre Vanquish ou Resident Evil 5, récemment, qui laissent une énorme place au scoring et à la progression. Le simple de fait de sentir que le jeu en garde sous la semelle et à voir rapidement où se situent mes limites me suffit à prendre du plaisir.

Il fut un temps où j'avais du temps et où je finissais 2 fois de suite Mass Effect. Là j'ai enfin acheté le 2, et je sais déjà que je ne ferai qu'un run. C'est plus une question de temps et de backlog que d'âge ou d'envie... Faut vraiment que le jeu soit court et se prête bien à un re-run (Resident Evil 5 quoi)
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Re: Le droit de sous-jouer

Messagepar Rudolf » 30 Aoû 2013, 18:52

Par contre, juste pour clarifier une chose que j'ai dite à propos de l'arcade: le one credit, je n'ai rien contre en fait. Je n'ai jamais essayé, mais je pense que ça pourrait me plaire. Par exemple, j'ai adoré Ghouls'n Ghosts jusqu'à le finir. En y jouant plus tard, je l'ai reterminé en cinq ou six crédits je pense, donc si j'apprends bien la position de coffres et que j'apprends à gérer les quelques passages ponctuels qui me posent problème, c'est à ma portée de faire les deux boucles en un crédit, avec de l'entraînement. Et peut-être même que je serais capable de finir Ghosts'n Goblins en un seul crédit, au moins une boucle, à condition que ce ne soit pas la version jap avec les Satan d'origine presque impossibles à battre sans mourir plusieurs fois. Donc voilà, je pense que ça m'amuserait de tenter un jour ce type de défi, mais sans me soucier du scoring.
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