La criée

Destiny

Pas grand-chose

Nos lecteurs n’ignorent pas que le studio Bungie vient d’annoncer un nouveau jeu. Comment le pourraient-ils ? L’information fait la une de quasiment tous les sites d’actualité vidéoludique, de Gamasutra à JV.com, en passant par JeuxActu et Polygon. Des dizaines de rédactions ont largement relayé une présentation qui a délivré de beaux discours, mais pas grand-chose de concret. Qu’importe, Activision a invité — ou convoqué, on peine à déterminer le terme adéquat — le gratin de la presse vidéoludique à venir voir ce pas grand-chose dans les locaux de Bungie à Seattle.

Créer l’actualité avec rien

Donc, on ne sait rien, on n’a rien vu, ou pas grand-chose. Il en faudrait plus pour empêcher la presse vidéoludique, dans une belle unanimité, de nous parler de la prochaine méga-production d’Activision. Après tout, quand un gros annonceur vous invite un journaliste à l’autre bout du monde, c’est la moindre des choses : il faut ramener un papier. Et l’on ne saurait nier, quoique l’on pense de l’oeuvre du studio, l’intérêt que suscitent auprès des joueurs les productions Bungie. Seulement voilà, les envoyés spéciaux se trouvent confrontés à un cas délicat : on ne leur a rien montré, ils n’ont rien à dire ; sorti des généralités les plus vagues, ils ne savent rien du jeu. Activision a réussi son coup en programmant à grands frais [1] un événement presse à un moment de calme dans l’actualité, alors que l’annonce des consoles next-gen est imminent. Le premier éditeur mondial se paye donc le luxe de créer l’actualité avec rien, ou du moins pas grand-chose : un studio réputé, des promesses ambitieuses, quelques images. Activision est un grand magicien. Et les journalistes sont ses apprentis sorciers.

Il y a quelque chose de particulièrement comique à lire, ou du moins à parcourir, ces dizaines d’articles consacrés au néant d’information. On pourrait s’amuser à relever les citations identiques, puisque extraites d’une même conférence de presse, les mêmes buzzwords creux comme "science fiction mythique", "mettre les joueurs au centre du monde", ou l’impayable "imaginez qu’après une dure journée au travail ou à l’école où vous avez eu l’impression d’aller à reculons, imaginez que vous rentrez chez vous et qu’en une heure de jeu vous ayez l’impression d’avancer".

Un peu plus et Bungie nous règle la crise financière [2]. Que faire de cette novlangue marketing ? Même les journalistes vidéoludiques se sentent un brin floués. Ne les en blâmons pas, sans ironie cette fois, on serait un tantinet agacé d’avoir dû faire le déplacement jusque Seattle pour se faire servir une soupe pareille. Oui, mais il faut écrire coco. Et la soupe à la grimace de se retrouver en une de tous les sites d’actualité. Gamekult, le mauvais garçon qui a osé dans le temps mettre un 7/10 à l’élève Halo, n’a pas été invité, ce qui n’empêche pas Gaël "Poischich" Fouquet, bon prince, de consacrer un article un rien railleur au non-événement. A vrai dire, compilant différentes sources, le papier n’est guère différent, au fond, de ceux publiés par les happy fews invités : c’était bien la peine de se taper un Paris-Seattle coincé entre deux pigistes qu’on peut pas piffrer, surtout pour se prendre la pluie de l’état de Washington.

Ce n’est pas à un vieux singe

Pour ceux qui ont été se mouiller à Seattle, c’est plus compliqué. Eux non plus n’ont rien, ou du moins pas grand-chose de plus à dire que leurs collèges. Comment le pourraient-ils ? Mais il faut écrire, il faut informer. Alors on a recours aux vieux trucs du métier. Ce n’est pas aux vieux singes qu’on apprend à faire des grimaces, et l’on invite les jeunes plumes qui voudraient apprendre à se tourner vers l’inoxydable Rahan, pour obtenir un condensé de toutes les techniques permettant d’écrire un papier de huit pages, oui, huit, enfin des pages Gameblog, mais tout de même, "apropos of nothing". Papier d’ailleurs pas tout à fait déplaisant, mais tout de même exemplaire d’un art consommé du remplissage, et qui révèle assez éloquemment le grotesque de la situation.

On commence par des hyperboles, c’est le style maison : " C’est tout un univers, une nouvelle Chapelle Sixtine pour le studio", rien que ça. Puis exposition, on nous décrit les lieux, c’est la garantie de l’autopsie : " tous les bureaux sont montés sur roulettes", ça ne s’invente pas, c’est du fait vrai, de l’indubitable, notre témoin a vu de ses yeux vus. Qu’a-t-il vu ? Pas grand-chose, mais "époustouflant, au moins dans les concepts arts". L’hyperbole est comme suspendue à la conscience professionnelle du journaliste. Face à ce périlleux équilibre, le lecteur reste un rien sceptique. Oui, Rahan — tout comme la majorité de ses collègues — râle, il ne cesse de répéter à quel point on n’a pas répondu à ses questions, c’est la ligne rouge d’un papier parsemé de "No comment". Mais dans un même souffle, il nous rapporte le baratin des développeurs. Pour meubler, Rahan nous rappelle le passé du studio, l’héritage "pionnier" de Halo 2. Quand on ne sait pas ce qu’il faut entendre dans le discours vague des développeurs, "on imagine", "on devine" en sa compagnie. Rahan reste "entre devoir de réserve et enthousiasme compréhensible" [3], le cul entre deux chaises. Le papier est honnête de ce point de vue. Mais est-il pour autant nécessaire ? A-t-il une justification journalistique ?

Là où le bât blesse, c’est que malgré toute son expérience, Rahan, et avec lui toute la presse d’actualité vidéoludique, s’est fait rouler dans la farine. Blousé comme un bleu, notre vétéran. Il vient de consacrer la une de son site à un néant d’information, parce qu’un éditeur a monté un évènement mondial dans le but d’annoncer pas grand-chose. Bungie travaille sur un nouveau jeu. Surprise, c’est un FPS futuriste en ligne. Activision a de l’argent et est prêt à le dépenser. Oh, regardez, deux trois images, écoutez, une déclaration, une quasi-déclaration, un implicite, un demi sous-entendu. Et roule la presse vidéoludique, sortez-les gros titres, il faut que ça se sache, ce week-end, à Seattle, il ne s’est pas passé grand-chose.

Alors peut-être, en effet, que c’est ce que cherchent les lecteurs. Mais peut-être aussi qu’il est du devoir du journaliste d’être un peu plus qu’un animateur, autre chose qu’un ambianceur chauffant la salle pour l’éditeur, et d’essayer de diriger l’attention du public, d’aucuns parlent de "temps de cerveau disponible", vers les lieux où quelque chose se passe.

Deux mois et demi après le Doritosgate, la presse vidéoludique a repris ses aises, et nous joue le refrain du "tout va très bien madame la marquise", à l’instar des participants à la récente émission de Nolife exceptionnellement présentée par un Erwan Cario bien isolé et en peine d’obtenir la moindre prise de conscience, malgré des questions pertinentes. On n’est pas rendus.

Notes

[1] Quand on sait les difficultés qu’éprouve la presse généraliste d’investigation, qui coûte trop cher et n’est pas assez rentable, il y a tout de même quelque chose d’assez indécent à se rendre compte qu’un éditeur transporte des "journalistes" par dizaines à l’autre bout du monde pour ne rien leur révéler. Mais ainsi va la société d’information contemporaine.

[2] En tout cas l’industrie du divertissement ne va pas se priver de nous faire oublier cette fâcheuse réalité.

[3] L’enthousiasme peut être compréhensible, mais est-il justifié ?

Il y a 54 Messages de forum pour "Pas grand-chose"
  • Oyoyo Le 19 février 2013 à 08:53

    Pour revenir sur le post-scriptum à propos de l’extra-life sur le Doritos Gate, une petite note d’optimisme : T. Falcoz et Medoc sont revenus sur leur prestation dans le forum de l’émission et reconnaissent ne pas avoir su dépassé une sorte d’instinct primaire consistant à se mettre sur la défensive et à bloquer complètement la discussion. Et d’appeler de leurs vœux un 2ème round pour essayer d’en tirer qqchose de plus constructif.

  • BoBL Le 19 février 2013 à 10:19

    "Pas grand chose" "Créer l’actualité avec rien" : un peu comme ce billet, non ?

    Toutes les annonces de jeu sont quasiment comme ça : des promesses, des ambitions, des expressions toutes faites qui claquent pour être relayées en masse... La seule différence, c’est qu’ici tout avait été leaké (ou presque) avant et que Bungie a tiré la corde sur l’absence d’infos mais grossomodo c’est tout le temps la même chose. Si un exemple aussi extrême (gros buzz bien foiré à base d’annonce de date, d’interviews où on "peut rien dire" ; et un néant abyssale en guise d’infos en retour) permet de bien montrer (ça me parait évident) que c’est comme ça pour pratiquement toutes les 1ères présentations de jeu...

  • Martin Lefebvre Le 19 février 2013 à 11:25

    @BobL, c’est comme ça, donc c’est bien ? C’est comme ça donc la presse doit continuer à relayer du vent ? C’est un point de vue. :)

  • Marsupi-lama Le 19 février 2013 à 11:43

    @BoBL Ce billet ne crée pas l’actualité en fait (donc il n’y a rien). Il critique l’actualité. Ce n’est qu’un avis, ou un édito.

    J’attends toujours LE site qui fera des tests de jeu deux ans après sa sortie et qui prendra donc en compte l’évolution du jeu (et le soutien des développeurs / éditeurs) et de sa communauté, le cas échéant. Là on aurait du contenu constant. Et fini les annonces de rien.

    Vous connaissez un site comme ça ?

  • powermugen Le 19 février 2013 à 12:07

    Je m’insurge on a appris UNE chose de cette présentation : le jeu de bungie ne sortira pas sur pc parce que plus personne ne joue à la souris et au clavier !! hihihi

    Bon sinon oui faire du rien avec du vent c’est la spécialité des sites de JV. Parce qu’il faut aussi prendre en compte le référencement, google et compagnie pour faire monter les vues et gagner de l’argent. Ce ne sont pas des articles d’investigations mis de remplissage. Chose importante et nécessaire pour que ces sites continuent leur activité.

  • powermugen Le 19 février 2013 à 12:09

    @marsupi-lama : je bosses sur un site comme ça... si jamais il est fini un jour :D

  • Foulk Le 19 février 2013 à 12:57

    Je continue dans le sens d’Oyoyo, en précisant que oui, il y aura un second Extra-life consacré au DoritosGate, et que les commentaires se font virulents et parfois constructifs concernant l’émission.

  • BigBossFF Le 19 février 2013 à 13:08

    Excellent billet, qui ne fait que rappeler a quel point la presse vidéoludique est un grand tout, qui ne fait paradoxalement que brasser le néant.

    Petit addendum sur le débat Nolife/DoritosGate : il me parait vain de débattre des dérives de la presse vidéoludique en ne faisant intervenir que des journalistes de la presse vidéoludique. Comment peut on espérer un débat impartial de la part de gens qui sont à la fois juges et parties dans cette affaire ? Si demain, je dois organiser un débat sur la pédophilie, vais-je inviter Marc Dutroux, un prêtre pédophile condamné par la justice et un militant de la NAMBLA, et les laisser débattre en vase clos, sans apporter de contre-poids en invitant d’autres intervenants, plus neutres, et d’autres, représentant les associations de victimes ? Bien sur que non. Or, c’est ce que fait Nolife, Game One... et aussi Arrêts sur Images, dont le débat fût d’une indigence qui n’a d’égale que celle qui qualifie la présentation de Destiny aux journalistes JV.

    On pourrait presque résumer les choses ainsi : les journalistes se nourrissent du caca produit par les éditeurs ; les journalistes digèrent et produisent leur propre caca, que les éditeurs s’empressent de consommer. Les joueurs, eux, ponctionnent une partie de cette matière fécale, en échange de quelques clics sur les publicités en lignes, qui elles-mêmes, rendent gloire au caca produit par les éditeurs.

    Le cycle de la vie. :)

  • BlackLabel Le 19 février 2013 à 13:37

    Ce n’est malheureusement pas nouveau, les annonces pour annoncer des annonces, pour finir par des vidéos de séquences entières d’un jeu, parfois les 30 à 40 minutes de l’intro. Kojima qui met 3 chiffres sur une image floue, et les forums qui s’enflamment sur le message caché, pour à la fin se retrouver avec un portage HD... Bref la routine.

    Après je ne pense pas que ce soit voulu par les lecteurs, mais par les créateurs (du moins les markéteux). Et comme les journalistes sont complices, le lecteur se retrouve à attendre impatiemment des infos consistantes, jusqu’au moment où il fait face à des tonnes d’infos auxquelles il doit résister, alors qu’il aimerait bien légitimement en savoir plus, mais sans se faire gâcher le jeu à l’avance.

    Si les journalistes n’étaient pas complices, ils auraient justement parlé de non-événement. On pourrait presque évaluer l’adhérence d’un journaliste à ce système idiot au nombre de pages qu’il produit pour parler de rien.

  • icare Le 19 février 2013 à 14:16

    Comment ? Il y a eu des papiers après l’annonce d’un nouveau jeu ? Et que révèlent ces papiers ? Qu’il y a des éléments d’histoire, des visuels, des personnages, des environnements, un titre, un genre, un studio, des supports (pas la WiiU visiblement). Bref, des infos au sens le plus strict ! Mon Dieu, c’est vrai. Y’avait rien à dire. Même pas de quoi faire une news.

    Le reste, la question de la mise en scène de l’information (les mecs qui brodent ou sortent les violons), c’est l’équivalent de la mise en scène de l’indignation de ce papier. Ni plus, ni moins.

    Et le tout se conjugue dans la com d’Activision. C’est beau de participer à un plan média.

    ps : Je signale que la presse cinéma fait des papiers (des news le plus souvent) sur un film quand elle a le nom du producteur et des pistes de réalisateurs. Ce scandale ! Après tout, savoir qu’un nouveau jeu ou un nouveau film est en préparation, ça vaut pas une ligne. On est vraiment dans la droite ligne du débat Doritos. Des gens qui parlent pour ne rien dire. Le fond du souci, c’est que pour remercier Acti d’un chouette voyage, on lui fait un papier au poids. A moins qu’on ne s’y sente forcé par la symbolique (l’annonce d’un triple A). Quoiqu’il en soit, les artworks sont intéressants. Y’a plein de choses à dire dessus. Ne serait-ce que sur le genre, les mélanges assez étonnants au niveau des matériaux, des vêtements.. Mais bon... Tout dépend du traitement.

  • BigBossFF Le 19 février 2013 à 14:32

    @ Icare :

    Le problème Icare, ce n’est pas qu’il y ait eu des articles. Cet évènement méritait des articles, du simple fait de sa tenue. Le problème, ce sont les tartines de quatre pages chez les blasés, et les tartines de 8 pages chez les MAB, qui faute d’informer réellement le lecteur, ne s’en font pas moins les garants et les porte-parole de la communication d’Activision.

    La problématique, c’est de savoir ou se situe la limite entre l’information et le "publi-reportage ; incidemment, se pose ici la question de l’indépendance éditoriale du journalisme vidéoludique. Un éditeur lambda, relativement peu fortuné, aurait fourni la même quantité d’informations aux journalistes, que ces derniers se seraient sans nul doute contentés d’une vague news de trois lignes, sans atours, ni détours.

    Et du coup, se pose une autre problématique : celle de l’équité de traitement des informations/équité éditoriale. Que les machines à produire des AAA soient favorisés en ce domaine, me pose un sérieux problème. Que les médias JV se fassent les hérauts des puissants, plutôt que de promouvoir la diversité du jeu vidéo, ca me donne envie de gerber.

    Qu’est-ce que cela veut dire au fond ? Que pour bénéficier de relais médiatiques, il faille inviter des centaines de journalistes à picoler à l’autre bout du monde, parfois même en compagnie d’escort girls, dans des hôtels de luxe ? Aujourd’hui, on en est là.

  • Chloé Le 19 février 2013 à 14:35

    Il faut aussi se rendre compte d’un autre aspect : les journalistes sont partis plusieurs jours, en espérant avoir du grain à moudre. Vous croyez franchement qu’un rédac chef va accepter que son rédacteur lui rende copie blanche ? Toute acceptation, de la part d’un rédac chef, d’un déplacement, encore plus à l’étranger, n’est jamais gratuit dans la presse (sinon on appelle ça des vacances). Il se "paye" avec un ou plusieurs articles au retour, même si on n’a rien à dire. C’est le deal entre le rédacteur et sa chefferie, vu le contexte quelque peu difficile que traversent les médias en ce moment. Un déplacement de plusieurs jours, c’est autant de temps où le site/mag manquera de bras. C’est pour ça que les autorisations de reportage sont mûrement réfléchies, et beaucoup de RC ont eu très mauvaise de voir un de leur rédacteur s’être tapé un Paris-Seattle pour rien.

  • BigBossFF Le 19 février 2013 à 14:45

    @ Chloé :

    Alors, peut-être qu’en retour, ces journalistes floués auraient du dénoncer tout cela. Bruyamment. Et impitoyablement. La au moins, leurs articles auraient été utiles, et le temps perdu, indirectement rentabilisé.

    Peut-être même que les éditeurs y auraient ensuite réfléchis à deux fois avant d’organiser à nouveau ce genre d’évènement.

    Et une telle attitude aurait eu le mérite d’affirmer l’indépendance de la ligne éditoriale des organes de presse JV. Mais bon, c’est utopique ; après tout, on parle ici d’un milieu dont la marque suprême d’indépendance éditoriale se résume à basher David Cage... whaaaou, il en faut du courage pour ce faire.

    Bien évidemment, je suppose que les journalistes JV ont compris la leçon. Et qu’ils ne se rendront plus à ce genre d’évènement bullshit... oh wait. Une fois de plus, je verse dans l’utopie. En fait, les médias JV y trouvent leur compte, en y allant. Non ?

  • Icare Le 19 février 2013 à 16:26

    Bigboss, je suis d’accord. Mais on n’a pas du lire le même billet. Je cite : "néant d’information", "créer l’actualité avec rien", "non évènement", "pas grand chose". L’article propose ainsi une litanie d’artifices grandiloquents pour passer à côté du sujet, c’est fort.

    Bref, un papier grotesquement dénonciateur. Pour rappel, c’est l’annonce officiel d’un blockbuster avec pas mal de matériau, de données bruts, dans un genre SF (côté space fantasy visiblement) très particulier. Après, est-ce que ça méritait 8 pages ? La question n’est pas là. La simple analyse des artworks, du trailer te permettait d’en faire 8 sur le jeu. En informant, en décryptant. C’est le boulot d’un journaliste (y compris resituer le contexte par un historique). Que les sites le fassent pour un AAA et non pour un jeu indé, ce sont les lois du marché. A tort ou à raison. Si Christopher Nolan présente demain un projet avec un niveau d’avancement équivalent, t’auras la moitié des mags ciné qui feront leur couv dessus. C’est de l’information. Elle correspond à une ligne éditoriale.

    Ce papier est effrayant. En plus de faire le jeu d’activision.

  • pbsaffran Le 19 février 2013 à 16:44

    Je vais malheureusement surtout rebondir sur l’émission de NoLife, mais Erwan Cario ne saisit pas un truc absolument essentiel.
    Oui, de l’extérieur, quand on ne connaît pas le métier, le fait de voir que l’éditeur fait la pluie et le beau temps sur les annonces et les news peut paraître malsain.
    Mais imaginons un monde où l’éditeur n’invite plus personne à voir le jeu pendant le développement et ne fait qu’envoyer des visuels : Comment le journaliste parviendra-t-il à l’information avant la sortie du jeu ? Et a fortiori, comment le lecteur futur consommateur potentiel pourra-t-il se forger une opinion avant la sortie du jeu ?
    Médoc le dit, l’éditeur (qui finance les développeurs, donc sans lui, pas de jeux, pas de journalistes, pas de consommateurs) doit retrouver son investissement, et pour cela, dans le marché actuel, il mise très souvent sur les précommandes. La partie *avant* la sortie du jeu est la plus importante en termes de gains financiers.
    Il *doit* donc permettre aux journalistes d’accéder à l’information dans un cadre privilégié, pour la simple raison que s’il ne le fait pas, il n’a aucune chance de retrouver son argent, même si le jeu est bon. Même dans le cas où la presse saluerait le jeu à sa sortie, il se passerait des mois avant d’en vendre une masse critique qui permettrait de payer les factures. L’éditeur *n’a d’autre choix* que de tout mettre en œuvre pour qu’une rédaction accède au jeu. C’est comme ça que le marché du jeu vidéo est devenu important (de par sa taille), d’ailleurs.
    Ceci est un aspect fondamental qui n’implique pourtant pas qu’un journaliste voyageant tous frais payés mettra mécaniquement une bonne note ou bien même émettra automatiquement un avis positif sur le(s) jeu(x) présenté(s), tout comme un journaliste étant un ami proche d’un développeur ne pourra se permettre de passer sous silence ou de minimiser des défauts criants sous peine de perdre ses lecteurs.

    Pour ce qui est du point soulevé par l’article (pas grand’chose à dire et pourtant la machine à buzz est en marche) c’est certes vrai, mais cela démontre en creux l’importance financière énorme accordée au projet. Moi aussi, j’aurais préféré plus de cynisme et moins de frous-frous de la part de Rahan, mais là, on entre plus dans le domaine des goûts et des couleurs - et comme chacun de nous le sait, les seuls qui comptent sont les nôtres...

  • Martin Lefebvre Le 19 février 2013 à 17:21

    Un journaliste aurait pu partir des faits relevés il y a de cela 9 mois par le LA Times durant le procès Activision / West Zampella (les ex d’Infinity Ward) : http://forums.f13.net/index.php?top... (je cite via le forum de F13.net où il y a un résumé des docs).

    Ou comment on connaissait bon nombre de faits sur le prochain Bungie, ce que la presse n’a que peu relayé à ma connaissance, parce que ça ne sortait pas par la voie officielle. Pourtant c’est assez révélateur des rapports de force entre développeurs et éditeurs, ainsi que de l’enjeu commercial.

    Mais ça manquait de screenshots our rêver, c’est certain. Oui la DA d’Infinity n’a pas l’air vilaine, mais ça ne nous avance pas des masses...

    Mais oui, bien etendu, il y a des questions à se poser sur un jeu Activision qui requiert une connexion, après la grande réussite artistique de Diablo III.

  • icare Le 19 février 2013 à 17:48

    Martin. Oui, s’ils en avaient eu connaissance à l’époque, les journalistes auraient dû en parler.

    Mais ça n’empêche absolument pas de couvrir une annonce officielle, même 9 mois plus tard. D’autant que, visiblement, pas mal de choses ont changé.

    Alors certes, les journalistes couvrent au poids le jeu d’Activision. Mais ça fait partie de leur job. La presse, c’est au nombre de caractères. Ça l’a toujours été. Et pour la presse internet, tu rajoutes le modèle du clic (donc tu multiplies les billets sur un sujet vendeur -c’est une logique économique, ce sont des entreprises de presse-).

    Puis, Activision, ça intéresse un paquet de joueurs. Une premier annonce officielle, ça doit être traité. Après sur la manière, j’entends les arguments. Mais toi, tu parles du fond. Ton article se résume en une ligne "ils n’auraient pas dû traiter le sujet". Il y a un mot de Talleyrand qui convient au papier "tout ce qui est excessif est dérisoire".

    Parler de non évènement, de non infos, de non sujets, c’est juste tuer tout ce qui peut s’ensuivre sur le peu de qualité du suivi, de la couverture et de l’analyse.

    Après, j’dis ça, j’dis rien.

  • powermugen Le 19 février 2013 à 17:52

    L’argument est donc : "Si les commerciaux ne donnaient pas ces petites infos au compte goûte les journalistes et donc les lecteurs n’auraient rien à voir / lire / découvrir."

    Ce qui voudrait dire que les journalistes JV ne seraient dans ce cas que des copieurs de news fournies par les éditeurs. C’est quand même triste et réducteur pour un métier de passionnés !
    Je refuse de penser comme ça, et je suis persuadé que les journalistes, surtout dans le jeu vidéo ont autre choses à apporter que des copier coller ou des résumés de conférence à Seattle.

    Ce qui m’intéresse justement ce sont les petites lignes, les trucs qu’un éditeur ne me dit pas, les NDA qui sont bravés (parce que illégaux dans la plupart du temps en France) pour filer de la véritable info et intéresser le lecteur, pourquoi se contenté de fournir ce qui est publiquement annoncé par des éditeurs au lieu de travailler avec ses sources (amis ou pas, on s’en fout) pour fournir des trucs intéressants sur des titres et pas forcément des restes de plan comm’ du marketing ?

    Le doritosgate est la preuve qu’une partie, même peut être infime de lecteur attend plus que ce qu’il a actuellement, et attend de ses journalistes une démarche différente ? C’est l’occasion pour une profession d’écouter son public et de lui faire comprendre qu’il est possible de parler autrement du jeu vidéo. Faire de la news c’est bien, mais faire tous la même news c’est quand même limité.

  • powermugen Le 19 février 2013 à 18:29

    D’ailleurs par rapport à l’article de Rahan, je pense sincèrement que si ce dernier écrit 8 pages sur Destiny, ce n’est pas grâce à ce qu’il a appris lors de la conf, mais plutôt par un vrai travail de journalisme. Avec un décryptage des images, une excellente connaissance du studio (et de ses membres surement) et un travail important de compilation d’informations.
    Pour le coup son article même s’il est plein d’amour pour Bungie est quand même la preuve d’un travail important et ça c’est indéniable.

    Du coup comme à chaque fois, il ne faut pas voir dans cet article de Martin une attaque contre une personne ou contre un site, mais une attaque contre la façon de procéder des équipes marketing qui ont fait buzzer le monde vidéoludique sur une conférence à Seattle creuse et un peu vide de sens.
    Du coup on peut imaginer aussi fortement que l’article sur gameblog était peut être "prêt/écris" bien avant cet évènement (ce qui ne m’étonnerait pas vu le contenu) mais que finalement il faille attendre le bon vouloir de l’éditeur et de l’équipe marketing pour publier. Et si de telles méthodes existent, elles sont particulièrement malsaine pour le travail des journalistes.

  • icare Le 19 février 2013 à 18:32

    Le journalisme, ce n’est pas que la voix officielle. Mais c’est aussi la voix officielle. Vous croyez que les conférences de presse ou les présentations sont réservées au monde du jeu vidéo ?

    Il faut séparer le fait brut (info), qui doit être rapporté, de l’analyse qui le met en lumière (une autre info). Ensuite, il y a la part officielle et la part officieuse. Cela dit, lorsque les sites relayent des rumeurs, les lecteurs parlent de ragots. Et quand les sites relayent des infos officielles, ce sont des vendus. Il faudrait donc des infos à la fois confirmés et sous le manteau ? Vous croyez que ça tombe souvent ? Les journaux ne risquent pas de remplir les colonnes avec ça.

    Après, je ne vais pas vous dire que vous avez tort. J’ai publié des infos sans passer par la voix officielle (sur DX3). Mais critiquer le fait même de couvrir l’annonce d’un jeu, je trouve que c’est manquer de clairvoyance. Ce qui compte, c’est le traitement. Parce que conspuer le sujet, c’est juste nier sa dimension informative fondamentale (quand bien même celle-ci est partiale, partielle). La dimension analytique viendrait d’ailleurs souligner ce fait brut.

  • pbsaffran Le 19 février 2013 à 18:36

    Powermugen > non, car la source de l’information est et sera quasiment toujours l’éditeur. Mais entre dire "on a eu ces trois screenshots en pâture" et "Les nouveaux screenshots dévoilés montrent que xyz et donc cela promet de bonnes/mauvaises choses, surtout quand on sait que blablabla" il y a toute la nuance du travail journalistique. Surtout quand l’éditeur ne communique presque pas sur son titre - the last guardian serait oublié de tous si les journalistes ne faisaient aucun travail sur l’information brute.
    La seule communication entre l’éditeur et le lecteur (celle qui pourrait se passer du journaliste) est le lâcher non pas de trailers car finalement pas assez complet dans l’information brute, mais de publicités attestant de la venue imminente du produit fini sur le marché. Mais quels sont les jeux qui auraient pu, réellement, se vendre par millions en 1 vidéo et 200 encarts publicitaires ?

  • BoBL Le 19 février 2013 à 23:15

    Ce que je critique dans ce billet et icare le souligne bien, c’est que vous surfez dessus de la même manière... Vous êtes là, à faire semblant de découvrir le principe de la "présentation" de jeu...

    Personne ne dit que c’est bien, j’ai pas it ça. Je dis que le lecteur est grand. De nos jours, le lecteur JV, soit il juge que c’est un hobbie comme un autre et qu’il a autre chose à faire que de disserter sur qui écrit quoi à la demande de qui ; soit il est passionné. S’il est passionné, il va lire l’info à droite et à gauche et vu qu’il sait lire, il sait que ça dira la même chose. Point barre.

    Donc c’est quoi le but du billet ? Dénoncer les choix de ligne éditoriales ? Donc, qui êtes vous pour juger que "ok j’ai été invité à Seattle, mais comme ça m’a saoulé ce plan com’, j’écris rien" ? Ou alors "j’y vais pas... ... mais c’est de l’info donc je relaye quand même et au final c’est pareil ?"
    Peut être que c’est une critique contre Activision mais dans ce cas, c’est amusant de découvrir le marketing...

    Je n’aime pas plus que ça ce système de preview. Mais quand t’es invité à une "présentation", tu aurais les mêmes infos vu que c’est la même source... Et quand t’es à une "preview", soit elle est "jouable" et dans ce cas faut broder du vent sur ce que tu vois mais ne joue pas... Soit la preview est jouable mais dans ce cas, faut se retenir de ne pas avoir de jugement hâtif car ce n’est pas un test... C’est juste le principe d’une présentation, d’une conférence de presse... Tout le monde a la même info, point.
    Oui, c’est ridicule en soit, mais c’est une base du journalisme (journalisme = ailleurs que dans le JV).

    Après, le contenu de la com’ d’Activision est naze, les rédac auraient peut être dû s’exaspérer en public plus violemment éventuellement... Mais après ? Quel intérêt ? Que ça vous plaise ou non, c’est juste une vulgaire présentation, une vulgaire conf de presse sommeil en existe des milliers... Découvrir ça en 2013 et croire qu’on nous apprend quelque chose est surréaliste.
    Le lecteur est un grand garçon, il a pas besoin d’un pavé ici même pour voir que deux articles sont identiques...

    Et je vois que les com’ dévient toujours sur la même chose mais qui en l’occurrence n’a rien à voir avec cet article.

  • Cold Hand Le 20 février 2013 à 10:26

    Rien à rajouter à ce qui a été dit, je rejoins ce qu’ont écrit BoBL, icare et powermugen. Je suis d’autant plus peiné par ce billet que j’apprécie en règle générale beaucoup les autres articles que l’on trouve sur ce site : vous êtes excellents dans l’analyse, la polémique vous sied moins... Bref, passons.

    Je me demande malgré tout ce qui peut occasionner un tel ressentiment à l’égard de RaHaN et, plus généralement, de Gameblog... Y a un passif qui traîne quelque part ? En tant que lecteur des deux sites, je n’arrive pas à comprendre en quoi vous seriez mutuellement exclusifs : l’un fournit un flux continu, une masse d’informations dans laquelle on est libre de piocher ou non, alternant annonce flash, dossiers, preview, tests, etc. L’autre offre a contrario des analyses plus poussées de certains jeux, pas nécessairement dans l’actu, ou de certaines mécaniques de gameplay, attirant l’attention sur certaines pépites indie/peu connues. J’aime ces deux traitements bien distincts, chacun m’apportant son lot de satisfaction. Oui, on peut lire "20 minutes" et "Le Monde"...

  • Guy Le 20 février 2013 à 11:24

    L’article de Martin est intéressant dans le sens où il soulève une question : comment une ligne éditoriale traite-elle une information délivrée par une éditeur, surtout lorsque cette dernière ne se base que sur de la simple com ? Avec des pincettes, telle quelle, à la folie, pas du tout ?

    Je visite de temps en temps un site JV spécialisé dans le rpg. Un des newsers (qui est aussi l’administrateur du site) se contente d’introduire les communiqués de presse. Copier. Coller. Il n’y a même pas un travail rédactionnel dessus. Pas d’âme, pas de style. Avec son gros poil dans la main et cette logique idiote de générer du contenu facile à partir d’une publicité, le mec ne se rend pas compte qu’en traitant l’info sans y apposer un filtre, il fait de son site une vitrine pour l’éditeur.

  • Cold Hand Le 20 février 2013 à 11:52

    @Guy : Et je suis à peu près certain qu’à terme, c’est plus préjudiciable qu’autre chose pour son site. Mais si on pousse le raisonnement un peu plus loin, quelle serait la "bonne chose" à faire ? Ne pas publier ? On l’accuserait de ne pas relayer l’info et son site serait déserté assez vite. Reformuler ? On lui tomberait dessus en expliquant qu’il se contente de broder sur de l’info "officielle", de faire le jeu des éditeurs et de faire du remplissage. La publier en y ajoutant un élément critique ou en extrapolant ? Difficile de ne pas tomber dans la rumeur infondée si il s’enflamme trop ou dans la tiédeur absurde s’il ne le fait pas assez.

    N’étant pas rédacteur, je n’ai pas de bonne réponse. Mais en tant que lecteur, je sais que j’apprécie un mix de tout ça : de l’info brute et courte en live, du décryptage dans un deuxième temps et un certain filtrage si l’info n’a aucun sens...

  • Guy Le 20 février 2013 à 12:10

    Le site que je prend pour exemple (que je cite pas pour lui faire de la pub) a choisi la pire des lignes éditoriales qui soit (pour moi, par rapport à ce que je recherche). Cela dit, je comprends que les lecteurs soient friands de ce genre d’info brute, sans filtre. La plupart possèdent du jus de crâne qui leur permet de mettre de la distance.

    Pour le newser qui pratique ce genre de chose (copier/coller), c’est le degré zéro de la personnalité par contre. C’est pire que lambda. Le genre de fainéantise qui n’apporte aucune plus-value. Or, glisser de la subjectivité dans une news, ça me paraît capital pour se démarquer et prendre un peu de distance avec ce que nous donne à bouffer les attachés de presse (dont le boulot est d’être emphatique).

    En comparaison, un site comme NoFrag traite l’info de manière plus intéressante (cf. leur news sur Destiny). Avec un ton parfois acide ou du second degré. A la lecture de certaines, on sent que les rédacteurs ne sont pas dupes. Pour ma part, c’est déjà plus le genre de traitement qui m’accroche.

  • powermugen Le 20 février 2013 à 12:37

    Incitons les sites de JV à créer une rubrique bullshit :D

  • BlackLabel Le 20 février 2013 à 13:00

    Cold Hand :"Je me demande malgré tout ce qui peut occasionner un tel ressentiment à l’égard de RaHaN et, plus généralement, de Gameblog... "

    Je n’ai vu de ressentiment nulle part, juste un état des lieux. Le ressentiment, tu le trouveras dans les tweets de Rahan.

    Maintenant si certains sont encore naïfs au point de croire que les gros sites de jv sont gérés par des "passionnés", c’est votre problème. Personnellement je suis vraiment content qu’un site assure ce genre de suivi pour que l’affaire Doritos ne tombe pas dans l’oubli.

    Ça ne changera peut-être rien, mais si ça irrite au moins certains acteurs confortablement installés dans un système aussi malsain, c’est déjà ça de pris !

  • Nomys_Tempar Le 20 février 2013 à 14:16

    La question du passionné est intéressante, car elle constitue la défense absolu. Les journalistes de jeu vidéo se drapent dedans en nous disant qu’ils sont comme nous : humains et qu’ils sont passionnés par ce qu’ils font et que du coup c’est à chacun de voir ce qu’il est capable de faire ou non pour rester dans les petits papiers des éditeurs.

    La passion c’est super, tout le monde en a, moi, toi et même le gars du fond qui c’est endormit.

    Le problème c’est que ça n’est pas professionnel et c’est ce que le lecteur moyen demande pourtant à un journaliste.
    Et paradoxalement des site comme Nofrag, sont plus professionnels (dans leur rapport avec le lecteur j’entends) que des sites se vantant de connaitre tous pleins d’anecdotes sur les dèv et les éditeurs.

    Chers gratte-papiers, il est temps de devenir professionnel et d’arrêter d’être des passionnés, car en vous servant de ça comme argument vous insultez le simple lecteur (qu’il soit passionné ou non).

    Si être professionnel se résume, pour les site de jeu vidéo, à faire des sacrifices déontologique pour vivre de leur passion, alors vive les non-professionnels.

  • Cedric Mallet Le 20 février 2013 à 17:02

    J’ai un peu l’impression d’un mauvais procès dans ce billet. La presse (en général) n’a pas seulement un rôle d’analyse. Elle a également un rôle de courroie de transmission de l’information brute, pour permettre au lecteur de se faire sa propre idée. Et c’est bien parce qu’elle a aussi ce rôle là que le lecteur la fréquente, en sachant (ou en espérant) qu’il y trouvera l’information qu’il cherche. Ce qui donne au passage l’occasion de présenter des analyses et autres informations plus profondes.

    En lisant ce billet, j’ai l’impression qu’on reproche aux journalistes d’avoir participé à cet event. Pour moi, c’est comme si on reprochait à un journaliste sportif d’être allé à un match de foot avec une affiche merdique et qui se termine sur un 0-0. OK, c’est sans intérêt, mais il faut y aller pour le savoir. Cela fait partie du boulot du journaliste d’y être, d’attendre, d’observer, d’essayer de trouver des angles. Parce que s’il n’y est pas et qu’il se passe quelque chose, alors là, il va se faire laminer pour ne pas avoir fait son boulot.

    Dure loi économique ensuite : Quand un salarié est mobilisé pendant un temps plus ou moins long, il doit produire un livrable. Dans le cas du journaliste, c’est un article qui rapporte ce qu’il a vu ou entendu. C’est d’autant plus vrai que les lecteurs connaissent l’existence de l’évenement, et de ce fait, attendent des informations.

    Il est sous-entendu qu’on fait des papiers de complaisance, sous la pression de la publicité. Mais c’est surtout une "pression implicite" du public qui oblige à être présent et à en parler. Personne ne comprendrait qu’un site qui se prétend crédible dans le jeu vidéo n’accorde pas quelques lignes à ce projet, au moment où il y un peu d’information.

    On le fait avec un article retranscrivant les intentions, les promesses du jeu, en prenant soin de préciser qu’on manque beaucoup de matière. Le lecteur n’est pas idiot, il peut se faire sa propre idée sur la base de ces éléments.

    Bien sûr, les industriels profitent de cette situation. Le vaporware existe depuis bien longtemps, et pas seulement dans le jeu vidéo. Et plus l’industriel a un passé riche, plus il a des chances d’occuper la une avec une simple déclaration d’intention. Parce que dans un monde en perte de repères, le public recherche des signatures connues, en qui il a confiance. C’est pour ça que les gros éditeurs ne travaillent plus que sur des séquelles, des préquelles, des reboots... Quand la marque est installée, le public devient demandeur d’information pour prolonger l’expérience, parce qu’il est en confiance avec la marque.

    Dans cette équation, la presse est juste entre le marteau et l’enclume. On pense notre ligne éditoriale en fonction des attentes de nos lecteurs, qu’ils nous expriment tous les jours dans les forums ou les commentaires. Et rien d’autre. Mais on n’a de quoi les satisfaire que lorsque l’éditeur nous donne de quoi l’alimenter. Et eux jouent le contrôle, pour s’assurer une visibilité forte et globale, en sachant que toutes façons, nous prendrons l’information qu’il nous donne puisqu’on a que ça.

    On va me dire qu’on ne raisonne qu’en fonction du nombre de clics que cela génère. Oui, assumons le une bonne fois pour toute. Lorsque l’on est un média, on a vocation a être lu. On utilise les moyens à notre disposition pour cela, soit en étant le premier sur l’info, soit en proposant plus de profondeur et d’analyse, soit en trollant et en déclenchant clashs et polémiques.

    Le lecteur choisit à la fin. Toujours.

    Ce que je pense de ce genre de questionnement, c’est que ce sont des réminiscences d’une époque plus que révolue au cours de laquelle la presse faisait la pluie et le beau temps. L’influence de la presse d’il y a 15 ans était sans commune mesure avec celle de la presse d’aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux et autres plateformes participatives. Le monde a changé, les lecteurs ont changés, bien plus vite que la presse d’ailleurs. Le journaliste n’est pas le messie que certains s’imaginent.

    La presse doit trouver une nouvelle proposition de valeur pour le lecteur. Mais en attendant, elle bouche les trous en occupant le terrain du mieux possible et en faisant des expériences sur des formats différents, sur des contenus différents, avec des postures différentes dans la relation au lecteur.

    Le journaliste d’aujourd’hui marche en permanence sur un fil. Il a de moins en moins d’exclusivité, ni même d’accès précoce aux informations. Il doit chercher une autre valeur à apporter. Et s’il ne la trouve pas, en un clic, le lecteur vogue vers des cieux plus cléments.

    Car notre quête aujourd’hui n’est pas celle du clic. C’est celle du double-clic, c’est à dire quand le lecteur revient parce qu’il a été satisfait la première fois. C’est celle du retweet, du share ou du like, parce que si le lecteur ne fait pas vivre une information, elle meure dans les algorithmes de popularité. Faire venir le public une fois, c’est assez facile. Le faire revenir de manière récurrente, c’est beaucoup plus complexe.

    C’est le lecteur qui décide des sujets et des traitements qui l’intéressent. C’est bien beau de dire qu’il faut donner sa chance au jeu indé. Nous essayons de le faire du mieux possible, sans tenir compte des budgets pub ou Doritos. Mais la différence de niveau qu’il peut y avoir entre une superproduction AAA et un petit jeu de plateforme est plus que flagrante aujourd’hui. Le jeu est devenu, aussi, un spectacle. Et le spectacle attire.

    Alors quand un studio réputé comme Bungie prend un double risque en sortant une superproduction sur une nouvelle licence, et à priori en proposant pas mal d’innovation de gameplay, cela parait normal d’en parler. Même si on a peu de choses à en dire. Parce que le peu qu’on a va plus donner plus de satisfaction au lecteur qu’un test très fouillé d’un jeu indé (même si cela ne nous empêche pas de faire les deux).

    Je suis allé lire le papier de RaHan sur Destiny avant de répondre ici. On aime ou on aime pas. Mais comme n’importe quel journaliste qui réfléchit un peu à l’avenir de son métier, RaHan tente des choses. Sachant que tout le monde aurait très peu de matière, et surtout que tout le monde aurait la même, il a choisi de s’attarder sur l’univers, et à retranscrit avec forces détails non seulement ce qu’il en avait perçu, mais aussi ses attentes et ses espérances par rapport à cet univers. Certes, il y a dans son article des choses qui relève plus de l’incantation que de l’information. Il y a beaucoup de promesses qu’il faudra tenir derrière. Mais de mon point de vue, il a fait le job, et plutôt bien même.

    C’est bien beau de s’interroger sur la "justification journalistique" de ce papier, ou de demander au journaliste "d’essayer de diriger l’attention du public" (concept qui me fait un peu flipper, soit dit en passant). La justification d’un journal, c’est d’avoir des lecteurs. Point. Et pour avoir des lecteurs, il faut commencer par répondre à leur demande. Ensuite, on peut se permettre d’essayer de prendre une dimension critique ou pédagogique. Mais elle vient en second derrière le rôle de transmission de l’information, et seulement si ce dernier a attiré le lecteur.

    Ce qui serait grave, ce n’est sûrement pas d’aller participer à ce genre d’event ou d’en ramener des papiers, mais ce serait de ne faire que ça.

  • Martin Lefebvre Le 20 février 2013 à 17:28

    Bonjour Cedric,

    votre réaction intéressante, elle me paraît tout à fait honnête et respectable, même si évidemment je ne suis pas tout à fait de votre avis.

    Quelques points de désaccord, en coup de vent :

    - La comparaison avec le match qui se finit en 0-0 me paraît maladroite. Quand un journaliste sportif va voir un match, même un Sochaux-Reims, il va voir le produit fini. Et puis il peut toujours que la confrontation de bas de tableau donne lieu à un superbe spectacle, cela arrive d’ailleurs presque aussi souvent qu’il y a des matchs de haut niveau fermés... Donc oui, allons voir les Sochaux-Reims, il y aura peut-être plus de football champagne que pendant un "clasico" à la française survendu et tendu. De même qu’il se passe peut-être plus de chose sur un underdog à la Deadly Premo que sur un gros budget calibré... Le 0-0 soporifique en termes de presse JV c’est par exemple Aliens Colonial Marines (je dis ça je n’y ai pas joué), et personne ne reproche aux journalistes de le chroniquer, sauf si ça l’empêche de parler de là où ça se passe.

    Pour filer la métaphore du football, là l’événement que vous avez rapporté c’est la tournée d’été de l’OL au Qatar. :)

    - Je pense que nous n’avons pas la même conception du journalisme. Pour moi, je pèche sans doute par idéalisme, mais il me semble évident que le journaliste doit créer du sens, apporter un éclairage, et pas seulement passer les plats... ne serait-ce que parce qu’en passant les plats il diffuse un sens qu’il ne contrôle pas. Ici, le discours marketing de la machine Activision. Si ce n’est pas le journaliste qui dirige l’attention, c’est le PR qui le fait à travers lui. A quoi sert le journaliste ? A faire de la pub plus économique ?

    Après je comprends tout à fait la logique économique, mais personnellement je vois mal l’intérêt du métier de journaliste en tant que travail alimentaire.

    - Une dernière chose : si j’ai pris appui sur le papier de Rahan, c’est tout simplement parce que c’est à mon sens le meilleur papier qui ait été écrit en France sur cette conférence de presse. Je le dis sans ironie, l’exercice de style est plutôt réussi. Pour ce qu’il est, c’est à dire le récit d’un non-événement. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est révélateur du manque de "biscuit" qu’il a rapporté. Et il y a aussi le fait qu’on sent que le journaliste est à deux doigts de nous dire qu’il s’est fait avoir, on sent bien qu’il est énervé.

  • Cold Hand Le 20 février 2013 à 17:48

    @BlackLabel : "Je n’ai vu de ressentiment nulle part, juste un état des lieux."

    Disons que citer explicitement (et à plusieurs reprises) un journaliste et un site en particulier, ça tombe vite dans l’attaque personnelle. Sans compter que Gameblog et sa rédaction sont régulièrement mentionnés dans les papiers de ce site. L’argument perd un peu de sa force lorsqu’il devient spécifique... Quant à l’histoire des passionnés, je suis absolument persuadé qu’on peut être un professionnel passionné et je suis intimement convaincu que les rédactions des sites majeurs de jeux vidéos sont presque exclusivement composées de passionés. Alors oui, c’est évident, il faut bien (sur)vivre : Passer des heures sur un jeu qu’on déteste. Publier des papiers sur une news dont on se contrefout (mais sur laquelle les lecteurs, eux, vont sauter avidement). Avaler quelques couleuvres en taisant une exclu qui ferait exploser les clics parce qu’on ne peut pas en parler ou soigner une formulation sur un jeu alors que la première phrase qui nous vient à l’esprit est un efficace "Ce truc est une sombre merde".

    Que les sites de passionnés ultra spécialisés et 100% politiquement incorrects continuent à exister ! Il en faut pour tous les goûts... Mais qu’on ne demande pas aux plus gros d’adopter leur mode de fonctionnement (Nestlé n’est pas juste une épicerie de quartier en plus grand)

  • Olff Le 20 février 2013 à 17:57

    Autant sur la forme ce papier est moyen, fait limite un peu à charge, et sent un peu la colère, autant sur le fond, cette suite directe au "doritosgate", reste pertinent.
    Là où pour moi on se plante, c’est que la lunette de tire reste encore braquée sur les journalistes, plus que sur le système en lui même.

    Comment ça fonctionne ? Les gars ont des petits salaires, issus de ? Revenus publicitaires, dont la majorité sont des éditeurs. Le souci c’est pas les soirées et les events pour montrer des artworks, ça c’est la pointe de l’iceberg. C’est que leur "job", c’est vendeur de jeu !
    Ce sont des commerciaux déguisés (malgré eux ?), leur modèle économique c’est de faire de l’audience pour créer des profits via la publicité.
    Dans l’affaire Destiny, le problème c’est pas d’avoir fait 8pages, d’avoir été bon dans le traitement ou pas.. Mais c’est de savoir ce que Gameblog par exemple avait comme choix vu que l’habillage pub était prévu.

    Est-ce que quelqu’un dans cette rédac, ou une autre, pouvait se permettre de dire qu’Activision lui avait fait perdre 24h de son temps, pour des artworks d’un jeu tellement original de par son univers SF, -marronnier du JV, par son genre révolutionnaire, -un fps en ligne, qui au regard du passif de l’éditeur et de sa porté massivement en ligne sent la microtransaction à 20.000 lieux. Bref dire que c’est de la merde. Est-ce qu’il le pouvait s’il le souhaitait ?!

    Parce que c’est ça au fond le problème selon moi, qu’ont-ils de critiques quand 95% des jeux ont la même "note" ? On a pas attendu le fail d’Aliens pour découvrir une daube. Reste que l’angle est si souvent positif, qu’on le trouve conciliant pour finir. Alors après évidemment, on soupçonne.

    Donc voilà avant de nous parler d’indépendance, faudrait commencer par parler de dépendance (à la pub donc), parce que c’est là le début du problème. Canard PC, on peut très bien trouver qu’il raconte de la merde, reste que lui au moins on ne va pas le soupçonner. Là où un GB si l’on trouve qu’il dit du caca, on ne sera jamais vraiment sûr que c’est pas à cause...

    C’est pour ça, je doute que faire des débats devant une caméra, avec des mecs qui vivent de quoi ? Qui les payent ? Ait le moindre intérêt, si ce n’est s’apercevoir du malaise évident.

    Mention spéciale à "Médoc", qui si j’imagine parfaitement que ce n’est pas son exercice favori, s’est fendu de la théorie du mois, en expliquant grosso modo que c’est au lecteur d’avoir une charte déontologique, que c’est à lui au final d’analyser l’indépendance du truc, de multiplier les sources... En gros de jouer aux journalistes pour vérifier qu’il lit les bonnes personnes. Lol.

  • Martin Lefebvre Le 20 février 2013 à 18:14

    @Coldhand

    Si nous disons qu’il y a des dysfonctionnements sans en donner d’exemples, on a beau jeu de nous répondre qu’on généralise trop. Si on donne des exemples, on nous rétorque qu’on se rabaisse à des "ad hominem". Certes, je ne suis pas fan de Gameblog, même s’il y a des contenus valables sur le site, mais je n’ai pas spécialement d’animosité envers Rahan. Je me moque un peu de son papier, mais c’est le jeu du débat publique, et il faut vraiment être à fleur de peau ou être habitué à un milieu de taiseux pour trouver la charge vraiment violente. Je veux dire, c’est un vétéran, il est rédac chef, autant le prendre lui comme exemple qu’un pigiste comme Lauren Wainwright (dont la faute relève d’un autre niveau, c’est vrai).

    Peut-être que j’ai pris un certain plaisir, façon Jourde dans la Littérature sans estomac, à pointer des contradictions...

    Mais pour le coup , le papier de Rahan me paraît particulièrement symptomatique des problèmes de la presse d’actu JV. Quand je dis qu’il se fait blouser, il ne me semble pas remettre en cause sa bonne foi. Il n’est pas responsable du système, il n’en est qu’un des rouages, au final je ne lui reproche que de ne pas se révolter.

  • Cedric Mallet Le 20 février 2013 à 18:46

    @Martin

    Pour avoir lu pas mal de choses que tu as écrite, je pense que ma conception "théorique" du journalisme n’est pas si éloignée que cela de la tienne.

    Maintenant, j’en ai aussi développé une vision plus pragmatique, tenant compte des réalités économiques, des échanges avec des lecteurs, avec des éditeurs. Je garde en ligne de mire cet objectif/espoir que le journaliste doit apporter de la valeur, mais pour pouvoir le faire, il y a tout un tas de tâche plus ingrates qu’il faut mener également.

    Il y a 15 ans, j’étais "Entrepreneur en e-commerce", sous-entendu je faisais des colis pour emballer des jeux vidéo. Scotch, ciseaux, cartons étaient mes outils. Mais ça me permettait d’être mon propre patron, de développer une vraie relation avec mes clients, et d’apporter de leur apporter de la valeur dans les conseils ou dans la discussion avec eux.

    Et ça me permettait de récolter des avis comme celui-ci : http://www.ciao.fr/Gamesbond__Avis_... Et là je me disais que je faisais bien mon métier.

    Mais dans les faits, je faisais beaucoup de colis, et peu de e-commerce.

    J’ai une vision assez semblable du journalisme. C’est un très beau métier, qui peut apporter beaucoup de valeur, de richesse. Mais pour le faire bien, il faut aussi accepter de se taper le sale boulot. Et faire ce sale boulot du mieux possible, parce qu’il participe à l’ensemble. Oui le soin qu’on apportait aux colis était aussi un signe de professionnalisme en e-commerce, comme le fait de bien couvrir un event que tout le monde attend, même s’il est pauvre en infos est un signe de professionnalisme en journalisme.

    Ca fait peut être rêver la première fois quand on te dit qu’on va t’emmener à Seattle pour une conf de presse. Mais quand tu fais ça depuis 5 ans, 10 ans ou plus, que tu te tapes des A/R sur 3 jours, avec 8 heures de décalage horaire, pendant lesquels tu ne vois que des halls d’aeroport et ta piaule d’hotel, tout ça pour entendre un gars du marketing te gonfler en te promettant que son jeu est le meilleur du monde et te filer 2 screenshots, crois moi qu’il faut plus qu’un paquet de Doritos pour que tout de suite tu veuilles en dire du bien, au mépris de ton éthique personnelle.

    Pourtant, il faut participer à ces events aussi. Parce que si tu fais ça bien, ainsi que tous les autres boulots ingrats du métier de journaliste, comme la curation, la vérification, la relecture... alors tu as des chances d’avoir une audience. Et si tu as une audience, tu as une occasion de pouvoir à un moment prendre le temps de faire ce pourquoi tu as choisi ce métier : produire du contenu de qualité, poser des questions, remettre en cause, chercher (et trouver) des axes originaux, partager des idées...

    J’ai une très haute estime du journalisme. C’est pour cela que je pense qu’il faut faire avec le même soin ce que nous avons envie de faire et ce que le public attend de nous.

    Pour ma comparaison avec le foot, j’accepte volontiers ta correction, n’y connaissant strictement rien au foot ;). En écrivant ma réponse précédente, je m’étais juste fait la remarque qu’on nous avait gavé pendant des mois en une de tous les quotidiens nationaux avec les bruissements relatifs à la possible venue de Beckham au PSG, et que question remplir du papier avec du vent, les journalistes JV n’était vraiment pas les plus mals lotis ;). Ce qui m’a fait penser au foot, mais ce n’est effectivement pas forcément la meilleure comparaison possible.

  • Martin Lefebvre Le 20 février 2013 à 19:24

    Entendons-nous, je reconnais qu’aller à Seattle pour un press tour ce n’est pas forcément une partie de plaisir pour le journaliste : il y a des voyages de presse qui servent à câliner les rédacteurs, a priori cela n’a pas l’air d’avoir été le cas ici pour le peu que j’en sais. Oui, je conçois que les events presse peuvent faire partie de la difficulté du boulot. Là encore je ne suis pas ironique quand j’écris "c’était bien la peine de se taper un Paris-Seattle", je me rends bien compte que ce n’est pas forcément une partie de plaisir (même s’il y en a qui prennent plaisir à ça, suivez mon regard).

    Je concède même leur utilité, pour peu que le dév ait quelque chose de concret à montrer.

    Mais pour moi faire le boulot pour un journaliste, c’est se poser des questions, ça peut être se taper un texte juridique abscons comme celui mis à jour par le procès Acti / West-Zampella, qui dévoilait les grandes lignes d’Unity, et qui était sorti il y a quelques mois... (pour le coup c’est la presse US qui n’a pas fait son job, on ne demande pas à Rahan de lire le LA Times). Ou alors ça peut être dire qu’on s’est fait mener en bateau quand c’est le cas comme dans cette opé de com. Qui n’a en effet rien d’exceptionnel en soi, même si elle a un côté caricatural par la disproportion entre les moyens employés et les informations obtenues.

    Mais là le danger, qui est je crois réel, c’est d’être blacklisté, ou de se faire doubler par les autres sites... Ce qui est arrivé à GK dont je ne fais pas vraiment un modèle de vertu indépassable pour autant...

    J’entends aussi bien que c’est ainsi que ça (dys)fonctionne ailleurs : dans la presse généraliste, la presse ciné, la presse sportive... Mais voilà on parle de jeu vidéo ici. Et il y a Acrimed qui s’occupe de la presse géné, les Cahiers du foot qui parlaient de manière critique de la presse sportive dans le temps, etc. D’ailleurs ma critique est évidemment inspirée des outils mis en place par la critique des médias généralistes, notamment d’inspiration bourdieusienne.

    Pas sûr qu’il y ait la place en France pour un site pro alternatif consacré au JV façon Monde Diplo, j’en suis conscient, et même si je comprends bien qu’on puisse avoir envie de faire des compromis, ça ne me paraît disproportionné de dire quand ces compromis posent problème.

  • Martin Lefebvre Le 20 février 2013 à 20:20

    D’ailleurs Rahan en avait parlé à l’époque de cette révélation du procès... http://www.gameblog.fr/news/29019-d...

    Au temps pour moi. Sauf que ça avait fait une brève et basta.

  • BlackLabel Le 20 février 2013 à 20:30

    Cold Hand :"Sans compter que Gameblog et sa rédaction sont régulièrement mentionnés dans les papiers de ce site. "

    Il faut faire attention de ne pas inverser les rôles. Gameblog c’est un peu comme David Cage. Certains perçoivent les événements à l’envers et se disent :"Mais c’est devenu une mode de leur taper dessus !".

    En réalité c’est le contraire, ils finissent par énerver royalement de plus en plus de monde à, alors qu’au départ ils avaient une aura sympathique.

    Sur jeuxvideo.com ou Gamekult (et probablement d’autres sites), Gameblog est considéré comme la lie de la presse du jeu vidéo. Après l’émission sur Arrêt sur Images, même des non-joueurs ont trouvé JulienC imbuvable.
    Ici Rahan fait 8 pages sur du rien. Comment merlanfrit peut faire pour passer à côté ?

    Est-ce vraiment merlanfrit qui s’acharne ? Ou Gameblog qui fournit pour de nombreux sujets le parfait exemple de ce que l’article dénonce ?

  • Martin Lefebvre Le 20 février 2013 à 20:40

    Attention Blacklabel, pour le coup Gameblog fait comme les autres sites majeurs, il ne s’agit pas ici de les singulariser, ils ne sont pas fondamentalement pires dans cette affaire précise. Ce qui ne signifie évidemment pas grand-chose.

  • Cold Hand Le 21 février 2013 à 09:53

    @Martin : Au temps pour moi, je n’avais pas nécessairement saisi la nuance dirons-nous. Dont acte :)

    @BlackLabel : Même si je comprends ton point (tu mentionnes en quatre paragraphes deux des "acteurs" du milieu du jeu vidéo qui m’agacent le plus depuis plusieurs mois (découvre de qui il s’agit et gagne une peluche de Yoshi)), je ne mettrais clairement pas toute la rédaction dans le même panier... Mais bref, on s’est compris et, pour le coup, on a complètement dérivé du sujet. Tiens, histoire de recentrer, me réjouis de voir comment les différents sites "majeurs" vont couvrir la (non-)conférence PS4 après l’épisode Destiny... bis repetita placent ?

  • boxmanichou Le 21 février 2013 à 10:21

    Quand j’ai vu la première news sur Destiny, je me suis dit direct : "Si y’a pas un site de news qui balance la chanson de Guy Marchant, je me coupe la bite !"
    Merci à toi de penser à mon intégrité corporelle.

    Je casse un peu le niveau des réaction peut être là, non ? Je vous laisse ;)

    biZ, Zomba !

  • Martin Lefebvre Le 21 février 2013 à 10:28

    Pour la conf PS4 il y a tout de même des informations solides : on a les spec de la console, on a appris des choses sur le cloud et sur les jeux d’occase, etc.

    Fallait-il envoyer un journaliste à NYC ? Ca dépend je dirais : Eurogamer a réussi à avoir des entretiens permettant de sortir l’info sur la possibilité de revendre les jeux, donc là oui ça valait la peine.

    Je n’ai pas vu la conf, je dormais, comment se sont comportés les journalistes dans le public ? Ont-il fait la claque (auquel cas c’est un peu gênant) ?

  • BlackLabel Le 21 février 2013 à 18:51

    Martin Lefebvre :"Attention Blacklabel, pour le coup Gameblog fait comme les autres sites majeurs, il ne s’agit pas ici de les singulariser"

    Oui bien sûr, je disais juste que si certains noms reviennent souvent, ce n’est pas forcément parce qu’ils sont des boucs émissaires, mais bien des têtes à claques :D

  • C4nd1d3 Le 22 février 2013 à 01:36

    Cet article me déçoit un peu. Dénoncer en s’appuyant sur un exemple qui est justement sorti de la retranscription plus ou moins condensée de ce voyage de presse organisé me semble moyen, c’est une réaction à chaud sans analyse, avec peu de recul. Pour ne parler que d’un aspect, on insiste lourdement sur la longueur du texte de Rahan. Je l’ai donc copié-collé en vrai galérien de l’iPad dans un Gdoc en supprimant les sauts de ligne : il fait 4.5 pages, un véritable roman, donc. Celui de Gamasutra fait... 4.25, celui de polygon, 5.5, celui de GK, qui n’a PAS été à l’événement (et fait du Reader Digest), 2.5 pages. C’est marrant mais l’effet de répétition sur le fameux grand huit semble d’un coup bien moins pertinent. Et donc cet article, qui rebondit sur un article, qui ne parlerait de rien, fait quand même 2 pages, quasiment autant que GK... On se demanderait presque qui brode au final. => au lieu d’une dénonciation à chaud (pour faire du clic ? :p), quid d’une analyse plus approfondie des différents angles dans ces 5 sites cités ? Une analyse comparée avec d’autres events qui sentaient moins l’arnaque pour dégager une évolution, etc. ? Vos suggestions pour faire mieux/autrement ? C’est ce que j’attendrais plutôt d’un site tel que le vôtre (et je sais que vous en êtes capable). Là, on sortirait de cette ambiance malsaine que je vois se développer de + en +, qui frise l’attaque ad hominem qui ne s’assume pas (faire la moitié d’un papier sur un site en déployant toute la palette rhétorique d’un article à charge pour ensuite dans les commentaires indiquer qu’on ne les singularise pas... ça aurait p-e dû apparaître dans le corps de l’article, non ?).

    Sur le fond du problème, je veux bien qu’on saupoudre tout de doritos, de lays, de vicos, mais ici, ça n’a rien à voir : c’est comme si on confondait des problèmes sanitaires de viande de cheval anglaise avec la fraude de type Spanghero. C’est le même secteur, pas le même thème, ni les mêmes problématiques. Confondre les deux et prétendre avoir du recul me paraît présomptueux. Bref, je suis plutôt sur la ligne de Cédric, en soulignant qu’il y a malheureusement (ou pas ?) une différence profonde entre un projet théorique / une idée sacralisée (ici le Journalisme avec un J) et la mise en œuvre pratique / l’exécution dans un système sous contraintes, qui va donc forcément demander des compromis (faire vivre un site d’information thématique grand public ET en vivre). Si on n’est pas capable de voir ça, soit on est naïf, soit on n’a pas encore assez d’expérience du monde économique qui nous entoure (qu’on l’aime ou pas). Si on le voit, on peut/doit le dénoncer, mais sans avoir besoin de clouer quelqu’un au piloris de son argumentation, quand bien même il aurait la peau épaisse et est devenu une cible assez facile par ricochet. Surtout, on essaie d’évoquer des pistes de solutions, en piochant par exemples dans d’autres médias ou dans d’autres arts, pour savoir comment ils évitent ces écueils, voire s’ils les évitent tout court.

    PS : En passant, sans montrer ses états d’âme au public, le journaliste peut se poser des questions (d’ailleurs, l’avez-vous contacté pour avoir son point de vue et enrichir ainsi votre article ?), et considérer que a) ils établiront des règles internes pour essayer de limiter d’autres pièges similaires. b) il fera le point avec d’autres rédac chef pour essayer de caler une charte. c) c’est fréquent et comme ca rentre dans la ligne éditoriale, le lecteur mérite un article de fond. d) Obiwan Kenobi. et au final, a, b, c ou d, cette méta-information n’a rien à faire dans une rubrique actualité/preview que ses lecteurs attendent, là, maintenant, tout de suite, et donc son article conserve son angle initial centré sur le jeu.

    PPS : Qui aime bien châtie bien.

  • Cold Hand Le 22 février 2013 à 14:03

    @Martin : bien sûr que l’on a appris des choses, mais, grand Dieu, c’est pas ce que l’on vient chercher lorsque l’on assiste à la présentation de la PS4 ! On veut voir l’objet, on veut assister aux demos lives (et pas se faire enfumer avec des kilotonnes de précalculé), on veut du rêve ! Qu’ils nous fassent baver ! Ca me coûte de le dire, mais les présentations Apple, c’était quand même d’un autre niveau... Quand Steve Jobs brandit son iPhone ou son iPad, joue avec sur grand écran, cause des possibilités, ça donne quand même méchamment plus envie.

    Au-delà de la forme, ce qui est proposé comme expérience Sony donne globalement (y a quand même des trucs très prometteurs) l’impression que ces messieurs ne sentent pas venir le changement de paradigme... Ils font ce qu’ils ont toujours fait, juste un peu plus vite/beau. Un petit papier Merlanfrit sur la conf ? Un décryptage éclairé ?

  • Martin Lefebvre Le 22 février 2013 à 14:11

    @Coldhand : non mais là tu ne veux pas apprendre des choses, tu veux te faire enfumer par la com’ à la Jobs. Libre à toi, mais je pense qu’on peut chercher d’autres frissons dans la vie. :)

    Pour ceux qui nous demande de regarder tel ou tel aspect, on fait ce qu’on peut avec le temps qu’on a. Le but de cet édito était bien d’énoncer une évidence, le genre d’évidence qu’on finit par oublier à force. On n’a pas forcément l’énergie, ni même la compétence pour écrire des analyses plus approfondies. Si les papiers que j’écris permettent à d’autres de se poser des questions, c’est déjà bien, et nous sommes preneurs de vos contributions. :)

  • Cold Hand Le 22 février 2013 à 16:50

    @Martin : "non mais là tu ne veux pas apprendre des choses, tu veux te faire enfumer par la com’ à la Jobs."

    Plusieurs approches de réponse à cela :

    1. la pragmatique : que je le veuille ou non, c’est leur but, j’irais même jusqu’à dire leur ROLE, d’essayer de m’enfumer. Je ne crois pas une seconde que les gars de la com’ de chez Sony se soient dit "Ok, les jeunes, 2013, c’est l’année du factuel. On oublie les superlatifs et les effets de manche, on sort les specs techniques et les chiffres. Faut faire rêver les ingénieurs dans la salle !" Ils ont présenté LA PS4 que diable ! Le truc qui va driver leur division Jeux vidéo pour les 5-6 années à venir, qui va justifier les 380 millions de dollars et qui va, ils doivent l’espérer, leur permettre de redresser un peu la barre et renouer avec la légende des PS1 et 2... Sony l’a teasé cet évènement, il a fait monter la pression, il a, c’est impossible d’en douter, tout donné pour qu’on en parle. Et si "tout", c’est ça, on est en droit de douter de son réel potentiel d’innovation. Si le futur de jouer en utilisant ton compte Facebook et ta PS Vita, mouaif...

    2. la masochiste : c’est agréable de se faire enfumer de temps en temps, non ? Au delà des chiffres et des faits, c’est plaisant de s’émerveiller, l’espace de quelques jours / semaines, sur l’expérience proposée par un constructeur... Soyons clairs : je ne parle pas de mensonge genre "Hey, regarde comme y tourne bien mon Killzone (NdlR : en version précalculée qui n’a rien à voir avec le moteur de jeu)", mais plus du genre de ceux servis par la Wii et son motion control (qui au final est pas si précis que ça, souvent artificiellement intégré aux jeux, etc.)... Bref, j’avais mis de côté mon esprit critique et mes préjugés le temps d’un soir, je m’étais offert à Sony et eux n’ont pas su me faire voyager dans le futur. Je leur en veux d’autant plus pour ça.

    3. la blasée : au final, si le commun des mortels a appris quelques trucs (dont la majorité n’ont que peu d’importance pour nous... Y abandonnent CELL ? Y aura 8 GB de GDDR5 ? Ca change ma vie...), je me demande si les journalistes présents à la conférence n’avaient pas déjà 80% des infos, que ce soit via des fuites ou, plus officiellement, via Sony, mais en étant liés par un NDA.

    Attendons maintenant de voir ce que Microsoft présentera pour sa "720" et, plus intéressant encore, si un quatrième acteur majeur pointe son nez dans les mois qui viennent (Apple ? Valve ? Google ?)

    PS. il est clair que je ne vous "demandais" rien de plus que ce que vous faites déjà actuellement. Vous produisez déjà un contenu de qualité à un rythme plus que respectable ! C’était juste à titre informatif :)

  • Martin Lefebvre Le 22 février 2013 à 18:51

    Oui dans une certaine mesure le fait qu’il y ait 8 Go de mémoire ça va changer ta vie de joueur puisque ça va largement influencer ce qui est possible sur console.

    Après la question de savoir s’il est pertinent d’envoyer du monde là-bas, c’est plus compliqué. Dans l’absolu, pas forcément (pour des raisons écolo, parce que c’est sans doute Sony qui paye, etc.), mais en pratique si ça permet d’avoir des interviews de responsables ou de dév présents, pourquoi pas. Julien Chièze qui interviewe David Cage, tu peux en penser ce que tu veux, il fait son travail de journaliste (bon ça il aurait pu le faire à Paris). Bramwell d’Eurogamer qui pose les questions au responsable de Sony sur le jeu d’occase, il sort une info valable.

  • Martin Lefebvre Le 22 février 2013 à 20:49

    @Candide : non je n’ai pas répondu tout de suite à ce message, et je ne comptais pas le faire au départ, d’abord parce que ma première réaction a été un rien irritée, j’ai commencé à taper une réponse puis je me suis ravisé. Après je ne me sens pas non plus obligé de répondre à tous les commentaires (de même que je ne somme personne à répondre à mes articles), ce que j’ai écrit se suffit à lui-même sans à mon sens que j’aie besoin de commenter mes choix d’écriture, ce qui donne un truc barbant du genre le critique qui se critique lui-même critiquant. :)

    Cela étant dit, on m’a demandé sur Twitter de le faire, dont acte. J’espère être relativement clair, parce que j’ai eu une dure semaine, qu’on ne prenne pas ce message pour parole d’évangile, je m’exprime comme je peux.

    Sur Rahan comme cible

    Pour la question du poids, oui huit pages Gameblog, ça ne pèse pas lourd dans l’absolu : c’est assez drôle non, pourquoi des pages aussi réduites ? Et d’ailleurs, huit pages, ça reste assez conséquent par rapport aux habitudes du site, deux de plus que le TEST d’Halo 4 par le même rédacteur, pour prendre un exemple au pif.

    Après, soyons francs, le procédé rhétorique est surtout là pour le plaisir d’écriture, et alors ? Oui, il y a une certaine joie à batailler par le verbe.

    Pour le reste j’ai pris la décision de me tenir à la presse francophone. Parce que les anglais ne nous lisent pas, et parce que c’est plus léger comme corpus. Mais la critique d’ensemble vaut aussi pour Gamasutra, Polygon, PA Report, etc. J’aurais pu en effet, faire un travail comparant les papiers de différents sites français, mais voilà, ce n’est pas spécialement ce que je sais faire, et je n’en n’ai pas spécialement le temps. Si une vocation se présente, je serai le premier lecteur. Quand j’écris un édito, je ne fais pas une enquête, j’essaye surtout d’attirer l’attention sur un sujet (et peut-être sur ma pomme me rétorquera-t-on). Pour ce genre de textes polémiques, je réagis peut-être un peu épidermiquement, toujours un rien surpris que personne n’ait pointé le problème avant moi... S’il y avait eu un autre papier sur le sujet, je n’aurais sans doute pas écrit le mien.

    En parcourant rapidement ce qui s’est écrit sur Destiny, j’ai constaté que le papier de Rahan était le plus intéressant, le plus riche à disséquer, d’autant qu’il est signé du rédacteur en chef, figure plus ou moins respectée, qui a priori a les épaules pour supporter la critique. Comme je l’ai écrit dans le papier, Rahan émet des doutes, en le lisant on voit bien qu’il est frustré. Ce qui ne l’empêche pas de "faire le métier", et du coup la dissonance est un peu comique, en tout cas à mes yeux de littéraire, entre l’envie de rêver — que je crois sincère — à ce que pourrait être le prochain Bungie et la pauvreté du matériau.

    Tu devrais recompter sinon, toi qui tiens tant aux chiffres, la moitié du papier n’est pas consacrée à Rahan, seuls deux paragraphes le sont. Paragraphes un rien saignants, mais que j’assume comme tels. Ils m’ont fait plaisir à écrire, ne sont pas si méchants que ça, reconnaissent au journaliste des qualités, et ont pu faire plaisir à quelques lecteurs.

    Il y a un très beau moment dans le Enfin pris de Pierre Carles, consacré à notre ami Daniel Schneidermann. A un moment Carles va voir un psy qui lui demande si en fait son rêve ce ne serait pas d’être Schneidermann. Est-ce que je serais jaloux pour attaquer comme cela "ad hominem" ? Qui sait.

    Sur le "Doritosgate"

    Le terme "Doritosgate" n’apparaît pas dans le corps du papier, mais seulement en tags et en annexe. Pourtant le lien avec le papier est évident. Non seulement parce qu’au moment où j’étais en train de l’écrire je voyais Rahan (qui était de loin le plus modéré des trois intervenants) expliquer à Erwan Cario que vraiment il savait se méfier des éditeurs (je paraphrase) : comment vouloir lui poser des questions auxquelles il venait de répondre ? J’accepte ses réponses, même si évidemment elles ne me satisfont pas. La question de la charte lui a été posée, non ?

    Nul doute qu’il aura l’occasion d’apporter d’autres réponses, ce n’est pas comme s’il était incapable de se faire entendre.

    Pour revenir à cet événement Destiny, dans sa banalité même, un rien caricaturée par le quasi-néant de nouveau, il est absolument représentatif de ce qu’on a pu appeler, d’ailleurs improprement (quand j’ai commencé à écrire sur l’affaire Florence, le terme ne s’était pas encore imposé) DoritosGate.

    Quel est le problème en effet ? La dépendance de la presse vidéoludique par rapport aux éditeurs. Cette situation n’est aucunement propre à ce milieu, c’est un lieu commun de la presse contemporaine. Peut-être la presse JV constitue-t-elle un cas d’école, mais ce n’est même pas sûr. Il y a des sites qui s’occupent de la presse généraliste, comme l’excellent Acrimed. Ici, c’est l’éditeur qui par son événement, sans réel contenu, impose à la presse d’actu vidéoludique mondiale une couverture disproportionnée sur un jeu à venir. Et la presse marche, en râlant, mais elle marche. Elle fait son actualité sur ce que la force d’Activision lui désigne comme étant l’actualité. Ce n’est pas de la corruption, c’est juste que par sa puissance financière, l’éditeur est capable de monter de toutes pièces un événement qui paraît d’une évidence telle à tous les journalistes qu’ils font leur une dessus. Attention, on ne parle pas du lancement de la PS4, mais de la confirmation d’un jeu dont on savait déjà beaucoup beaucoup de choses (l’essentiel à part en gros la DA et quelques éléments de langage). Toute la presse était là, donc toute la presse en parle.

    On peut me parler de compromis nécessaires pour faire vivre un site, je l’entends. D’ailleurs Cédric Mallet ou Poischich sont assez francs sur ce point : je ne partage pas leur vision, mais elle me paraît explicite. J’ai plus de mal à comprendre celle de ceux qui se cachent derrière leur professionnalisme comme les intervenants de l’émission NoLife, professionalisme que je ne remets pas en cause (même si la question implicite est de quelle profession parle-t-on ?). Après il faut se demander si à force de faire des compromis, on ne le paye pas en intégrité, et je ne dis pas ça que pour Gameblog.

    Quant aux pistes, ce n’est pas évident mais je pense qu’il est possible de garder un rien de distance avec les éditeurs : ne pas faire de une sur le prochain et lointain Bungie, c’est la mort ? Qui sait, râler vraiment, dire que l’éditeur s’est un peu moqué du monde ? Refuser ce genre d’événements ? Trouver un moyen d’être indépendant en s’assurant des abonnements ? essayer d’être autre chose que le TF1 du jeu vidéo ?

    Je ne dis pas que c’est facile. Mais personne n’oblige qui que ce soit à faire le travail de journaliste. Si le but est de rapporter le discours des éditeurs, il me semble que le métier de RP est tout à fait honorable.

    Je dis ça de la posture confortable du fanzinat, c’est vrai.

  • Steph Le 23 février 2013 à 10:02

    Ah ! Ca y’est ! Martin fait partie des envieux et des petits aigris ! Et Blacklabel trouve tout à fait légitime de "tête-à-claquiser" Gameblog.fr ! Les forces immenses qui n’avaient pas encore donné, donnent !

    Bref, au-delà de la blague privée/publique, deux choses tout de même : le doritosgate - même si pas utilisé ici - est un terme bien mal approprié pour le coup, le bullshit en jeu vidéo n’est absolument pas répréhensible. Aucune loi n’est enfreinte, et le scandale n’a, du coup, pas du tout la même porté.
    Il s’agit plus de règles éthiques - qu’elles soient professionnelles ou pas - et qui font défaut. Le changement étant la virtuosité atteinte dans cet exercice d’absence complet de sens moral (si si c’est de cela dont il s’agit) qui fait que les mêmes qui trouvaient cela tout à fait tolérable, le dénoncent aujourd’hui justement.

    Le post-scriptum est particulièrement inquiétant... Erwan Cario sonne la charge ? C’est sûr que l’on n’est pas rendu. Martin, attends-tu réellement une prise de conscience ? Je crois que tu n’es pas si naïf que cela, en l’état, il n’y en aura pas. Un autre aspect que tu n’abordes pas et que je te soumets pour avoir arpenté ce chemin, et qu’il me semble que le plus préjudiciable dans ce concert de vent c’est qu’il n’est pas seulement négatif, ce n’est pas que du rien, que du vent, de "l’absence de", cela permet aussi de ne pas parler d’autre chose (comprendre et expliquer le ratage d’un alien colonial marines), d’autres jeux, des moyens de production de ces jeux, etc. (bien sûr, ce n’est pas de moi cette pauvre idée, mais de Bourdieu "les faits divers font diversion").

  • Steph Le 23 février 2013 à 10:32

    Et pardon pour la forme du message. Promis je ne poste plus depuis mon tel.

  • Martin Lefebvre Le 23 février 2013 à 11:27

    @Steph :

    sur le fait de détourner l’attention, j’en parle un rien il me semble : si l’éditeur fait l’actu, l’actu ne le défait pas.

    Sur l’émission Nolife, je serais plus indulgent que toi envers Erwan. Je trouve qu’il pose sincèrement les bonnes questions, qu’il est de bonne volonté et je le crois sincèrement de bonne foi. Après ça ne peut mener nulle part pour différentes raisons : il n’y a pas l’envie de se regarder objectivement chez les interlocuteurs, Erwan est trop ami avec eux pour les pousser à bout publiquement (et je le comprends moi non plus je n’ai pas la vocation du procureur), la structure même du plateau me paraît peu adaptée pour développer un discours sur la double dépendance de la presse vidéoludique.

    Même avec des intervenants moins au coeur du truc comme dans le SoJ auquel j’avais participé, c’est un sujet difficile à débattre, qui se prête mieux imho aux développements qu’au débat contradictoire... Le temps de la radio ou de la télé ne permet pas vraiment de développer une analyse qui pour être simple demande un minimum de suivi.

    Après, je pense que le fait de montrer au gens qu’il y a un débat est déjà positif. On ne peut sans doute pas sauver la presse vidéoludique, même si dans le tas on peut préférer certains sites à d’autres (malgré tout je préfère GK à GB, je ne m’en cache pas), mais on peut au moins montrer le problème et essayer modestement de montrer une alternative, qui existe déjà en partie : je ne suis pas spécialement fan de Canard PC en tant que lecteur, mais ils ont mon estime.

    Sinon au risque de griller une revue de presse à venir, un très bon constat sur l’état économique de la presse JV : http://gamasutra.com/blogs/PatrickM...

    « Second, the job of the consumer games journalism outlet isn’t really that different from the advertisers’. Let’s think about exactly what you expect a consumer games journalism outlet to provide : The basic value proposition that a consumer pub offers the reader is "Read me, and you’ll never waste your money or time on a game you don’t like ever again." It’s sort of like advertising, but only if you advertise games that you think don’t suck. Essentially, advertisers say, "Hey you, buy our game," and consumer writers say, "Hey you, buy this game over here." When the writer and the advertiser agree, there’s no reason for the advertiser to actually pay for anything, because the writer will do it without costing the advertiser a dime.

    I’ve never worked on the PR side of a game publisher before, but I imagine I’d think something like this : A full-page ad in a magazine costs me $10,000. A four-page "sneak preview" costs me nothing by comparison, gets me an extra three pages, and is probably more effective than the ad since the readers know that the writer isn’t being paid to tell you that the game is good. »

    Je suis moins d’accord avec les conclusions, mais de la part d’un membre de la corporation, c’est pas mal.

  • Pedrof Le 6 mai 2013 à 15:03

    « Mais pour moi faire le boulot pour un journaliste, c’est se poser des questions, ça peut être se taper un texte juridique abscons comme celui mis à jour par le procès Acti / West-Zampella, qui dévoilait les grandes lignes d’Unity, et qui était sorti il y a quelques mois... (pour le coup c’est la presse US qui n’a pas fait son job, on ne demande pas à Rahan de lire le LA Times). Ou alors ça peut être dire qu’on s’est fait mener en bateau quand c’est le cas comme dans cette opé de com. Qui n’a en effet rien d’exceptionnel en soi, même si elle a un côté caricatural par la disproportion entre les moyens employés et les informations obtenues. »

    Exactement. C’est une bonne réponse à Cédric Mallet m’est avis.

  • Steph Le 24 décembre 2013 à 11:59

    Il y avait de bonnes questions dans cet article. De bonnes réserves.

    Je n’avais pas vu la réponse. On peut être contradicteur sans être procureur, les engueulades aussi violentes soient-elles - verbalement - tant qu’on ne tombe pas dans l’insulte gratuite ou la calomnie sont tout à fait positives lorsqu’on ne partage absolument pas une façon de faire.

    Bref, à l’alternative du sage interlocuteur prudent de ne surtout pas les choquer ou les mettre mal à l’aise, et du procureur, on compte jusqu’à trois et on sort la bonne vieille engueulade qui à le mérite - non pas de les bousculer pour les bousculer - mais de retourner un peu de la violence qu’il y a à aller de ci de là, racontant à peu près tout ce qui m’arrange et me justifie, sans aucune espèce d’honnêteté.

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