Le RPG est mort, vive le RPG !

Mars : War Logs

La voie bis

Life on Mars ?

Ca commence comme ça : Roy sauve un tout jeune homme d’un viol en prison. Il désarme du regard le chef des violeurs, puis un peu plus tard le castagne. Notre héros est un badass à la mâchoire carré et à la coiffure d’Iroquois branché. Il prend sous son aile Innocence, le jeunot, qui lui demande alors ses motivations : pourquoi tant de générosité ? Roy veut-il en faire son mignon ? Moi, j’ai répondu pour Roy : "C’est une candidature ?". J’étais content de la situation et fier de moi, je me suis dit que notre héros était homosexuel, un gay tranquille et assuré, prêt à prendre sous son aile un séduisant ingénu, parce qu’il connaissait ce que le gamin risquait, peut-être parce qu’il était lui-même passé par là. Mars : War Logs raconterait peut-être leurs amours, ou bien Roy révélerait qu’il en aime un autre, par exemple ce chasseur de primes barbu qu’il rencontre dans l’acte II.

C’est du roleplaying : le jeu de Spiders ne m’a pas interdit de me raconter cette histoire. Pour être totalement franc, il ne m’a pas vraiment encouragé non plus. Si rien n’empêche d’imaginer des sentiments amoureux entre le guerrier boucané et son jeune protégé, leurs relations resteront forcément platoniques. Par contre, Roy peut sauter sans remords sur les trois filles de l’histoire, qui sont là pour cela. Il y en a même une, écervelée, qui lui propose carrément son corps parce que c’est ainsi sur Mars qu’on se protège, et qui se promène à moitié nue pour on ne sait trop quelle raison. Evidemment, j’ai refusé son offre, un rien gêné — c’est un choix moral, comme on en trouve dans les RPGs, c’est la règle. Mais j’aurais aimé que Mars : War Logs m’aide un peu à imaginer ma romance homosexuelle sur la planète rouge. Pas que cela m’aurait émoustillé, moi le bon cis-hétéro des familles. Mais je ne sais pas, Roy, la folle de Mars, ça aurait eu un petit peu plus de gueule que cette histoire de beau brun badass et macho, qui tombe les filles en claquant des doigts.

Le premier méchant a un air de ressemblance avec un célèbre développeur

But the film is a saddening bore

C’est là que le bât blesse avec Mars : War Logs. Le jeu de Spiders est un travail d’amour. Un peu comme les bases de la planète rouge, il est fait de bric et de broc, avec trois bouts de ficelle, un peu de ferraille récupérée. Tout cela brinqueballe, couine, mais tient à peu près en équilibre. On voit très bien les limites, les éléments de décor copiés / collés, on est presque admiratif de ce monde construit avec presque rien. Mais on a beaucoup plus de mal à pardonner le manque criant d’originalité de toute cette histoire. Une production fauchée de sous-série B, d’accord, mais au service de quelque chose de hardi, alors, d’une prise de risques narrative ou ludique. Malheureusement, Spiders a choisi de rester sagement dans les clous, et malgré un univers de SF déglingué pas totalement dénué d’intérêt, le jeu n’échappe à aucune convention du genre.

En jouant, je me suis pris à beaucoup pester. Qu’est-ce que j’allais faire dans cette galère ? Le jeu m’envoyait d’un bout à l’autre du niveau, pour aller ramasser-ci ou apporter ça, et je me perdais parce que sur Mars tout se ressemble, et à quoi bon ? Le loot, à quoi bon ? Le système d’artisanat, à quoi bon ? Collecter des trucs et des machins, résoudre des sous-quêtes, j’avais déjà joué à ça, en mieux, avec cent fois le budget, chez Bioware ou chez CD Projekt. Et puis ces dialogues : vous auriez vu ma tête quand un des gardes m’a raconté qu’il s’était pris une flèche dans le genou, ça devait être quelque chose. Et ces putes au grand coeur, ces chefs de gang lâches, ces résistants exaltés, n’en jetez plus. Tous ces éléments sont là, ils ont toujours été là, parce que Fallout, parce que le RPG, parce que c’est la recette à appliquer. Le système de combat est plutôt bon, oui, ainsi que l’arbre de compétences. Pas de quoi soutenir le jeu pourtant.

Is there life on Mars ?

J’ai fini Mars War Logs, sans trop traîner, en moins de dix heures. J’ai souvent eu besoin de me forcer. J’étais parfois près à écrire des choses pas très gentilles, du genre "ils sont sympas chez Spiders, ils savent fabriquer un jeu, mais de là à ce que des gens payent pour ça, de là à ce que leur studio survive... qui a besoin d’un jeu comme Mars : War Logs aujourd’hui ? A quoi bon passer par la voie bis si c’est pour aller au même endroit que d’habitude ?"

J’aurais eu tort de le faire. De l’écrire sans guillemets, en le pensant vraiment. Parce qu’après tout, qui suis-je pour décider si quelqu’un mérite de vivre du jeu vidéo ? Les développeurs ont fait de leur mieux, avec leurs moyens. Tout le monde ne peut pas être Ice Pick Lodge (Pathologic) ou Frictional (Penumbra, Amnesia), le Suda 51 de Michigan, le Sandlot qui avec trois fois rien nous trousse un Earth Defense Force. Mars : War Logs est un jeu de faiseurs, sans génie ; il n’en est pas moins honorable, ne serait-ce que parce qu’il perpétue la tradition des underdogs. Quoi, on ne peut pas en vouloir aux développeurs d’être arrivés aujourd’hui. S’il était sorti il y a dix ou quinze ans, Mars : War Logs serait devenu un petit classique culte. Parce que malgré tout, il ne manque pas tout à fait de chien avec sa planète rouillée, ses dialogues mal doublés, ses nuages de poussière à la Riddick, et cette histoire que le jeu m’a laissé me raconter un temps du moins.

C’est peut-être dans ce genre de productions, rétro, pleines de foi et de clichés, que se situe l’avenir du RPG. Un avenir dystopique, fauché, comme sur Mars, mais un avenir tout de même. La prochaine fois, on aimerait plus de panache, mais on ne ferme pas les portes de l’avenir.

Une version commerciale du jeu nous a été fournie par l’éditeur.

Il y a 7 Messages de forum pour "La voie bis"
  • BlackLabel Le 26 mai 2013 à 15:47

    Je ne comprends pas trop la conclusion. L’avenir, ce sont des RPGs fauchés et infirmes qui se contentent de recopier les gros titres pour faire moins bien ?

  • Procruste Le 26 mai 2013 à 22:16

    L’avenir, ce sont les RPGs fauchés qui tentent quelque chose. L’audace ou l’imitation ne représentent pas grand chose sur un bilan comptable de production. Un gros budget ne peut pas prendre autant de risques qu’un petit. Un RPGs fauché qui imite est impardonnable, il n’a que l’audace pour lui.

  • Martin Lefebvre Le 27 mai 2013 à 11:23

    Disons que Spiders a sans doute un avenir, s’ils prennent un peu plus de risques. Et puis il faudra peut-être qu’on se fasse à l’idée de se contenter de si peu... Pour ça que je parle d’avenir dystopique. :)

  • Brokenail Le 27 mai 2013 à 22:51

    J’ai tiqué dès la scène d’intro qui faisait vraiment cliché. Et puis je me suis dit que le jeu allait nous expliquer pourquoi Roy avait pris des risques pour Innocence. Après, il y a eu la scène avec le chasseur de prime et j’ai compris que ce n’était pas une question de subtilité, mais que les cinématiques étaient vraiment nulles.

    J’ai arrêté là. Dommage, parce que le jeu m’avait fait envie pendant longtemps.

  • vesperos Le 3 juin 2013 à 22:54

    Et bien peut être qu’il a suffi qu’on me donne du pain et des jeux pour que je sois content mais... j’ai aimé Mars War Log. Si, si. J’ai aimé les clichés qu’il proposait, l’ambiance post apo dont on bouffe maintenant à vomir depuis plusieurs années. Même si derrière mon ordi, je râlais en permanence, il y avait une petite étincelle qui me faisait continuer. Une envie de voir plus loin, même si je savais que des déceptions viendraient, pour moi, le jeu avait, malgré son classicisme outrancier une étincelle en lui qui me faisait toujours aller plus loin. Comment expliquer cela ? Difficile. Peut être par le fait qu’il faisait bien longtemps que je ne m’étais pas mis une un vieux de jeu de rôle, que les combats, ignobles au départ laissait place à une véritable promenade de santé de par l’évolution de notre personnage.

    Ce qui est encore plus horrible, c’est qu’en écrivant, et en ayant fini le jeu, je ne saurais même pas dire pourquoi je l’ai aimé. Aucune idée. Ce serait comme un film que l’on sait résolument mauvais, un ignoble nanar mais qu’on ne peut s’empêcher d’adorer. Comme une friandise écoeurante, qu’on aime, mais allez savoir pourquoi...

    C’était un peu ça pour moi, Mars War log, un gros nanar tourné par des gens au cour d’or, avec trop peu moyens et la peur de se faire taper dessus par plus gros que soit, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, tout en sachant que, dans le fond, il ne vaut pas grand chose.

  • Strife Le 16 juillet 2013 à 13:04

    Je vais y jeter un oeil avec les soldes Steam avec l’espoir d’y trouver un sympathique nanar et de voir un peu ce qui fonctionne et ce qui est à éviter...

    @Broke : Content de te voir ici, vieux cadavre ;)

  • Bigby Le 7 janvier à 22:32

    Un mec peut être homo tout en étant le grand brun badass macho et dominant, l’un n’empêche pas l’autre, ça existe ; Mais de la à dire " la folle de Mars " c’est Roy quand même ! Le gars est hyper viril, pas tapette pour un sous.
    C’est clair que ça aurait claqué surtout si les devs avaient fait Innocence beaucoup plus minet, le côté interdit rend souvent ce genre d’histoire beaucoup plus intenses.
    Le jeu est bien, j’ai adoré mais on sent qu’il aurait pût être largement plus développer, surement une question de budget.
    Bref sympa l’article.

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