La criée

La critique est indépendante... ou elle n’est pas

Peut-on critiquer les médias de l’intérieur ? Le débat a eu lieu il y a une bonne quinzaine d’années, en 1996 par exemple, à l’occasion du passage de Pierre Bourdieu dans l’émission de Daniel Schneiderman sur France 5, ou plus récemment avec le film de Pierre Carles Enfin pris ? (2002), consacré au même Daniel Schneiderman, lequel une fois remercié par la chaîne publique a bien dû se faire une raison : aujourd’hui Arrêt sur Images est un site indépendant respecté, hors du circuit médiatique traditionnel.

Alors que les amateurs de jeu vidéo sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur le fonctionnement de la presse spécialisée, il semble bien que les leçons que l’on pensait acquises, sont à répéter.

Nous avions déjà eu droit à un rappel du problème avec l’émission Extralife 94, spécial Doritosgate, animée sur Nolife par un Erwan Cario volontaire mais impuissant face à la stratégie défensive adoptée par ses trois amis journalistes jeu vidéo : les participants eux-même avaient reconnu que le débat n’avait mené à rien, et ils ont dû remettre le couvert quelques semaines plus tard. Nos lecteurs nous pardonneront de ne pas avoir pris le temps de regarder ce second round, après avoir été mis K.O. d’ennui lors du premier.

Docu-fiction

Usul

Ce week-end, la dernière chronique d’Usul a provoqué un certain émoi et fait grincer bien des dents. Postée sur Youtube et Jeuxvideo.com, elle jette un regard satirique sur l’indépendance de la presse JV, et a fait réagir sur son blog personnel Cédric Mallet, directeur général du premier site vidéoludique francophone [1]. Dans son billet, M. Mallet, qui a le mérite d’éviter la politique de la tortue adoptée par certains de ses collègues, se dit "personnellement beaucoup touché" par la vidéo de son chroniqueur, qui risquerait de "contribuer à donner une image fausse" du travail des journalistes vidéoludiques. NB : pour plus de précisions, voir la réaction de M. Mallet dans les commentaires de cet article.

Il est vrai qu’on ne peut se départir d’un certain malaise en regardant cette vidéo, qui malgré des intentions louables et un humour qui touche juste, propose une fiction non dépourvue de maladresses. Usul joue le rôle d’un journaliste d’investigation qui aurait mis la main sur une vidéo compromettante : lors d’une soirée promo arrosée au champagne, un éditeur et un responsable de site vidéoludique discutent en toute connivence des petites manipulations qui permettent de calibrer l’information. Le journaliste décide d’enquêter, peine à s’entretenir avec les différents personnages de la vidéo, interroge un sosie de Julien Chièze tout sourire, avant d’être lâché par son rédacteur en chef. Moralité : l’enquête tombe à l’eau.

L’encart, première version

L’histoire s’inspire librement de l’événement organisé par Activision à Seattle, afin de présenter le nouveau jeu de Bungie, dont nous avions parlé à l’époque. C’est du moins ce qu’expliquait un encart rapidement remplacé, à la demande de M. Mallet [2], par un hommage un rien désabusé à Pierre Carles, le grand blacklisté de la critique des médias, dont les féroces documentaires n’ont pas pris une ride.

L’encart remanié

Il serait évidemment malvenu de reprocher à Usul et à ses compères d’utiliser une arme qu’ils maîtrisent. On s’en voudrait surtout de ne pas saluer la volonté de ne pas lâcher un morceau que, par lassitude ou par complaisance, beaucoup voudraient oublier. Mais dans ce contexte précis, la référence à Pierre Carles a quelque chose d’un aveu d’impuissance : tout ce que montre la fiction, le documentariste le fait en réalité, et en regardant ce 3615, on est tout de même un peu en droit de se demander s’il ne faudrait pas imiter Carles plutôt que lui rendre hommage par un pastiche. Certes, il y a des perspectives plus joyeuses que d’aller faire le pied de grue avec une caméra à l’entrée des événements presse, le tout pour se faire snober. Mais au lieu de regarder une parodie de reportage, aussi amusante soit-elle, on aimerait bien voir un reportage tout court. Evidemment, c’est plus compliqué, peut-être trop compliqué eût égard à la relative insignifiance du milieu.

Là où le recours à la fiction est plus gênant, c’est qu’on aura beau jeu de rejeter en bloc le propos, en le qualifiant de pur fantasme. Comment, ils nous critiquent, nous les journalistes, et ils n’ont rien de mieux que des reportages imaginaires ? Pour sympathique et même courageuse que soit la démarche d’Usul, elle risque fort d’être à terme contre-productive, permettant de rejeter dans le folklore, la rumeur, de très réelles connivences. C’est une habileté de la doxa : tolérer le bouffon, afin de pouvoir le cas échéant revenir à l’ordre en rappelant qu’il ne faut pas trop le prendre au sérieux. Usul est coincé à la limite du dérangeant. Un pas de plus, et le plaisantin risque de devenir pour ses employeurs un mauvais plaisant.

Rappel à l’ordre

Cédric Mallet, DG de Jeuxvideo.com

C’est bien ce que, malgré toute la bonhomie de son billet, lui rappelle Cédric Mallet. Il le met d’abord en garde contre une fâcheuse tendance à critiquer :

Etre prisonnier d’un schéma dans lequel il faut dénoncer pour être crédible, dans lequel il faut agresser pour démontrer son indépendance, quitte à forcer le trait ou à utiliser des raccourcis coupables, dans lequel il faut être impertinent pour proposer au lecteur ce qu’il attend, c’est une forme de conformisme intellectuel.

Et voici les "raccourcis" de la fiction qui rattrapent leur "coupable" ! On peut partager les doutes de M. Mallet quant à la rigueur de la dénonciation, tout en rigolant doucement au "conformisme intellectuel" qui, surtout dans le monde de la presse vidéoludique et notamment sur Jeuxvideo.com, consisterait en un trop plein d’impertinence. Comme le faisait remarquer sur Twitter un facétieux , on pense immédiatement au discours des éditocrates de Main basse sur l’info, ce chef d’oeuvre d’auto-complaisance des puissants.

On en vient à marcher sur la tête :

Au final, ceux qui sont persuadés d’avoir la vérité, et qui diffusent ainsi des jugements sans fondements, finissent par avoir raison, car il est impossible de leur répondre à tous, de leur donner les éléments pour démontrer qu’ils ont tort

Ce formidable aveu du directeur d’un des sites français les plus fréquentés, impuissant face à la rumeur [3], aura franchement du mal à nous arracher une larme. M. Mallet s’engage personnellement dans la discussion, ce qui est tout à son honneur, mais comment ne pas lui reprocher, si le danger est aux portes, de ne pas demander aux journalistes qu’il emploie d’enquêter pour faire toute la vérité ? Chiche, que Jeuxvideo.com finance un reportage indépendant, puisque c’est d’indépendance qu’il s’agit, afin de tordre une bonne fois pour toute le cou à ces fichues rumeurs de connivences.

En attendant, nous ne pouvons nous empêcher de nous mettre à la place d’Usul. Comment réagir quand votre patron écrit à votre sujet sur son blog :

laisser une liberté totale à un individu peut le conduire à abandonner lui-même son indépendance, consciemment ou inconsciemment.

Et ce n’est pas nous qui soulignons ! M. Mallet aura beau objecter qu’il n’est "pas fâché contre Usul", ce dernier ne pourra manquer de se sentir surveillé... et d’estimer qu’en lui demandant d’être un peu plus "collectif", on veut surtout qu’il soit un peu moins dérangeant. Il ne s’agit évidemment pas de contester au directeur d’une publication le choix d’une ligne éditoriale, qui est évidemment de son ressort et de celui de ses rédacteurs en chef. Il ne s’agit pas non plus de distribuer des bons et des mauvais points. Mais l’on peut tout de même se demander si, comme Pierre Carles sur Canal+ ou plus près de nous Rab Florence sur Eurogamer — dont le départ a lancé le Doritosgate —, Usul ne risque pas de faire une fois de plus l’expérience de l’impossibilité à mener une critique de l’intérieur.

Il n’y a de critique que radicale

Nous non plus, nous ne sommes pas fâchés : ni contre Usul, ni contre Cédric Mallet. Ce dernier fait son métier, comme les éditeurs qui essayent de charmer ses rédacteurs font le leur. Le chroniqueur se trouve quant à lui dans une situation difficilement tenable : les tensions sont trop fortes, les risques trop élevés pour que le discours critique qu’il tente de développer soit durablement audible sur un site grand public. Ce n’est pas un hasard si Canal+ nous sert Le Petit journal et qu’Acrimed est une association à but non lucratif.

Pierre Carles

Cette chronique sur l’indépendance peut aussi être lue comme un coup de gueule un rien désespéré : derrière la fiction, elle affirme bien l’impossibilité pour Usul de mener l’enquête sur les connivences entre la presse jeu vidéo et les éditeurs, faute de soutien. En l’invitant à la prudence, son directeur confirme que ce n’est pas à l’ordre du jour, puisque ce n’est pas dans l’intérêt du "collectif". On aimerait pouvoir se tromper, mais il est fort probable que les sites majeurs aient compris, à force de fréquenter les éditeurs, qu’avec le pouvoir du silence, comme le dit John Walker à propos de l’affaire Sim City, le temps joue pour eux. [4]

Quels résultats a eu jusqu’à présent en France le Doritosgate ? A parcourir les grands médias qui se sont — pour une fois — tus, l’affaire n’a rien changé aux usages. Tout au plus a-t-elle amené certains lecteurs jusque là un rien candides à se poser quelques saines questions. Mais elle a tout de même permis de réaffirmer cette évidence : il n’y a de critique que radicale, il n’y a de discours sur les médias dominants qu’hors de leur domination.

Usul, électron libre, courageux et maladroit, choisira-t-il la voie étroite empruntée par Pierre Carles ? On peut en douter, on peut même ne pas lui souhaiter [5]. En tout état de cause, sa carrière en est à un embranchement scénaristique.

Notes

[1] Voir l’entretien par correspondance qu’il nous avait accordé lors de l’épisode Doritosgate.

[2] Qui s’en explique sur le forum de JV.com.

[3] Sur le sujet, on lira le très bon papier de Frédéric Lordon, "Conspirationnisme : la paille et la poutre"

[4] Cédric Mallet n’est certes pas personnellement silencieux, et il intervient notamment abondamment sur les forums, mais son site le demeure, hormis à travers les chroniques d’Usul justement. On peut aussi se dire qu’il s’agit avant tout d’une manoeuvre diplomatique, qui a le mérite d’exister, mais qui ne change pas grand chose.

[5] Ce n’est pas pour rien si les séances les plus hilarantes d’Enfin Pris ? se déroulent chez un psychanalyste goguenard.

Il y a 38 Messages de forum pour "La critique est indépendante... ou elle n’est pas"
  • Lazslo Le 29 avril 2013 à 10:52

    J’avoue ne pas comprendre quelles sont les maladresses et les torts de la chronique d’Usul. Qu’elles visent des personnes facilement identifiables ? Qu’il ne s’agisse que d’une fiction ? Et alors ? Le contenu de sa critique n’avait rien de nouveau, et sur leurs comptes Twitter personnels, les journalistes JV ne sont pas les derniers à ironiser sur les racolages marketing des éditeurs ou sur les ménages de J. Chièze.

    Alors, pourquoi les réactions outragées ?

  • Anthony Jauneaud Le 29 avril 2013 à 10:53

    Je regrette énormément que Usul se soit mis en tête de faire une parodie ou un sketch sur le sujet, rendant tout débat, toute critique, toute analyse difficile. La majorité des gens qui verront la vidéo ne pourront pas faire la part des choses. C’est sans doute la pire chose qu’on pouvait faire avec ce sujet — comme ces journalistes français qui pour rigoler s’étaient pris en photo en train de manger des Doritos à un évènement en décembre ou en janvier —, qui noie encore davantage le poisson, qui rend tout débat encore moins possible. J’ai envie de dire : too soon, c’était bien trop frais et encore trop dangereux de faire ça maintenant surtout avec le fait que la vidéo aie été retirée, puis repostée ; après avoir changé l’encart ; après avoir fait sortir Cédric Mallet de son silence...

    Bref, je trouve ça d’une maladresse extrême. Le documentaire de Carles n’a PAS à être parodié ou pastiché : son ton relativement unique n’est pas sujet à rire. Si Usul avait filmé tout ça comme du Michael Moore ou du Enquêtes Exclusives, ça aurait été plus simple pour décoder le sketch parce que ce sont des codes plus connus, plus universels. Je pense sincèrement que des gens vont s’y perdre. Surtout quand tu finis ton sketch par un "d’après certains faits réels" : oui mais lesquels ? Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ?

  • Anthony Jauneaud Le 29 avril 2013 à 10:56

    Encore que j’ai un doute sur Michael Moore que beaucoup de gens regardent et apprécient sans se rendre compte de la tonne de montage et d’écriture, de préparation et de "manipulations" il y a derrière...

  • Martin Lefebvre Le 29 avril 2013 à 11:00

    @Lazslo : pour moi le passage sur Julien Chièze est le seul qui ne pose pas vraiment problème, c’est une simple caricature d’une figure publique et des propos qu’elle a pu tenir.

    Le coup du reportage fictif c’est beaucoup plus risqué, parce que pour le coup ça ne s’appuie sur pas grand-chose, autant dire rien de substantiel. En gros cette chronique est un éditorial, ce qui en soi n’est pas un problème, mais en prenant la forme d’un pseudo-reportage elle risque d’entretenir une confusion entre la rumeur et la réalité. Dans ce genre de cas, il me semble que la rigueur est indispensable.

    Après je ne veux pas trop jeter la pierre à Usul : l’investigation c’est dur, d’ailleurs nous on n’en fait pas, peut-être parce que comme je l’écris ça n’en vaut pas forcément l’effort (contrairement aux implications bien plus larges quand il s’agit de la presse généraliste)... Malgré tout je pense que nous essayons de baser nos critiques sur du concret, du sourcé, sur des déclarations ou des articles qui peuvent révéler certains mécanismes sous-jacents, etc.

  • Nicolas Le 29 avril 2013 à 11:08

    Absolument, documentaire et parodie sont deux formats tout à fait différents. Je ne suis pas trop étonné qu’Usul utilise la parodie (car maitrisée de bout en bout), maintenant imaginer un docu sur le sujet me semble une autre paire de manches.

  • Raveline Le 29 avril 2013 à 11:19

    Je trouve un peu étrange dans ce billet une certaine confusion sur le rôle d’Usul ; attend-t-on de lui, finalement, qu’il fasse rire ou bien qu’il soit un investigateur ? J’ai peut être mal lu mais j’ai eu le sentiment d’une oscillation dans ce que vous attendiez de lui ou dans la manière dont vous le perceviez.

    Je n’ai jamais pensé qu’on pouvait prendre l’émission d’Usul autrement que comme quelque chose de comique, qui n’invite guère à la réflexion (si je veux réfléchir, je lis Merlan Frit, même si j’ai régulièrement envie de vous étrangler quand je lis certains passages). Et lui faire reproche de ne pas être plus ou d’être maladroit revient peut-être à lui prêter des intentions qu’il n’a pas.

    Le plus intéressant reste sans doute la réaction du Directeur Général de Jeux Video.com, qui illustre (si on en avait encore besoin) l’extraordinaire capacité à la langue de bois qui anime la plupart des acteurs du milieu.

  • Lazslo Le 29 avril 2013 à 11:26

    @Martin : Je comprends l’argument et sur le fond je suis d’accord. La rumeur concerne surtout le jeu Destiny. Mais avec ce nouvel encart, est-ce qu’il n’y a pas une tentative de justement se détacher de la rumeur et d’aller vers le pastiche ?

    On sait qu’il existe de tels événements pour présenter les jeux, il est de notoriété publique que les éditeurs tentent de contrôler les critiques bien au-delà des notes finales. Une enquête apporterait du corps, mais elle ne ferait que structurer, synthétiser une situation connue et constatée par tous. Usul ne fait que relayer une nouvelle fois cette situation de fait, avec le clin d’œil appuyé au public averti (celui qui connaît Chieze). Bref guère plus que ce que font les types qui se prennent en photo avec des Doritos "for the lol".

  • BigBossFF Le 29 avril 2013 à 13:45

    Je trouve le sketch d’Usul d’un conformisme incroyable. Celui-ci est en train de faire scandale, alors même que ce qui y est décrit est d’une banalité effrayante. Du coup, en tirant à blanc, on peut se demander si Usul n’est pas, à bien y regarder, l’allié objectif d’un système qu’il souhaite pourtant dénoncer.

    La critique inefficace laisse penser que la critique est possible. Hors, si elle est inefficace, elle n’est qu’un écran de fumée destiné à protéger les destinataires de la critique, en laissant penser que la remise en question dans le milieu du JV est possible, alors qu’elle n’est en réalité qu’une chimère. Faire croire à une réalité chimérique ; en imposer une autre, dévoyée. Pas con.

    Je pourrais faire un parallèle : il y a quelques années, on a inventé le DALO (Droit opposable au logement). En théorie, un droit supplémentaire pour les mal logés ; en pratique, le DALO est inefficace, car efficient dans moins de un dossier sur mille. On donne l’impression qu’on s’occupe des mal logés ; mais en réalité, rien ne change.

    Pareil dans le milieu du JV : on laisse penser que la critique est possible ; en réalité, il n’en est rien, et le milieu du JV n’en finit pas de ne jamais se remettre en cause.

    Je décris ici les conséquences d’une cause très bien expliquée dans cet article de Merlanfrit. A savoir qu’il est vain de vouloir critiquer le système médiatique tout en en faisant soi-même partie. En faire partie tout en en dénonçant les pratiques, cela en revient à endosser les habits du magistrat (procureur plus précisément) en charge de ses propres turpitudes.

    Conflit d’intérêt.

    Comme il est de coutume dans le milieu du JV. Et on continue, collectivement, à faire semblant de ne pas voir le problème...

  • powermugen Le 29 avril 2013 à 14:20

    « Comme il est de coutume dans le milieu du JV. Et on continue, collectivement, à faire semblant de ne pas voir le problème... »

    Allez quoi c’est LOL tout ça, on peut en rigoler ! De toute façon suffira de bien fermer nos gueules sur le sujet pour qu’il disparaisse tout seul.

  • Cedric Mallet Le 29 avril 2013 à 14:42

    Pan sur mes doigts, et c’est mérité !

    Voilà ce qui arrive lorsque l’on réagit à chaud sur un sujet qui agace. Oui, j’étais particulièrement agacé au moment où j’ai vu cette vidéo, parce que je pense qu’Usul doit savoir, ou au moins deviner, mieux que le lecteur moyen les efforts que nous faisons pour préserver l’indépendance des opinions que nous exprimons sur jeuxvideo.com, y compris la sienne. Alors j’ai mal interprété ce "patron de Jeuxvideo2000", dans cette vidéo "inspirée de faits réels" et autres détails, et j’y ai plus vu un coup de couteau dans le dos de la part d’un ami qu’une parodie.

    Mea culpa. J’aurais probablement mieux fait de sortir respirer un bon coup que de réagir comme je l’ai fait. Cela m’apprendra, et je m’en expliquerais auprès de lui.

    Cela étant dit, il y a un point qui a été très mal interprété dans mes propos. Peut-être l’ais-je mal exprimé, alors je vais essayer de le corriger ici :

    Dans ma réflexion sur les manières d’améliorer la situation, il n’a jamais été question de restreindre la liberté de parole de qui que ce soit, ni de rappeler à l’ordre Usul pour qu’il joue plus "collectif". Et je l’ai dit et répété, je souhaite que la chronique continue, en faisant attention toutefois à ne pas entretenir de confusion entre des faits réels et des choses qui relèvent de la fiction pure.

    Ma réflexion était plutôt de dire qu’un seul Usul ne suffisait pas, parce qu’il apporte une seule vision du problème, sans contrefeu, avec des informations partielles. Mon raisonnement sur le "collectif" était plutôt de me dire qu’il fallait que je trouve le moyen de faire émerger d’autres avis, d’autres opinions, d’autres contradicteurs avec la même portée que cette chronique, parce qu’une vision collective serait plus complète, et moins sujette aux pressions de toutes sortes qu’une vision individuelle.

    Cela reste très théorique pour le moment. C’est juste une réflexion que j’ai voulu partager, sans forcément savoir vers quoi elle pourrait m’emmener. Mais c’est ce que j’avais en tête au moment où j’ai écris ce billet.

  • DrLuthor Le 29 avril 2013 à 14:53

    Usul n’a jamais était qu’un "YouTubeur" qui apparait chez JV.com. On ne peut pas en attendre autre chose que du divertissement teinté de l’esprit rebel qui l’anime. L’imaginer mener une véritable enquête n’est que pur fantasme.

    L’exécution de cette fiction est maladroite et pas vraiment comique, coincée entre le docu-fiction et la comédie. Il en résulte un vidéo qui gènera peut être quelques jours dans le milieu, mais qui ne tiendra pas plus de 2s dans un débat rien que par le statut de son auteur. Il aura peut être touché une plus large audience que ceux ayant déjà connaissance du Doritos gate, de par la fréquentation du site sur lequel la vidéo est diffusée, mais je ne suis pas certain qu’il amène les nouveaux venus à se poser les bonnes question.

    Concernant Mr Mallet, je trouves ta position discutable. L’homme que tu accuses de faire pression sur ses employés et de langue de bois tient ici une position difficile. Il ne doit pas interdire la publication de la vidéo sous peine de créer un phénomène dans le milieu, mais ne peut laisser un de ses employés accuser (à tort ou à raison) un de leurs plus gros clients (ici Activision) de manipulation du système sans réagir. Son geste, qui a pour cible finale les éditeurs et non aux lecteurs du site, était donc surement la meilleure chose à faire.

    De plus, tu ne peux pas demander à JV.com de mener ce genre d’enquête. A t’on déjà vu une émission "Envoyé Spécial" ou "Capital" sur le financement des chaines de TV par la publicité ? Non, et ça n’arrivera jamais ! On ne mort pas la main de celui qui nous nourrit !

    Je pense qu’il ne faut pas se tromper sur les causes de l’effet Doritos. Il y a pour moi 2 pb dans la presse JV :
    1) La dépendance des pub de JV par les sites. On nous dit que le joueur moyen est un homme de 35 ans. Il s’agit donc d’un homme avec un certain pouvoir d’achat, qui a besoin d’une voiture, de se raser, qui mange, et j’en passe. Je viens de passer sur les 4 plus gros site de JV et sur quelles pubs je tombes ? Injustice, Microsoft, HTC et Dead Island ! Le régies de pub de JV choisissent la facilité, et c’est la principale raison de leur dépendance aux éditeurs.
    2) Les journalistes qui se laissent influencer. Ce sont des humains comme tout le monde et les éditeurs savent séduire ceux qui parlent de leurs produits. Les bloggeurs ont le droit à leurs soirées parisiennes RedBull/hot-dog avec 2 goodies et le jeu en version promo, les journalistes ont le droit à leur preview à Londres, NYC ou Los Angeles. Un site anglophone important, Eurogamer je crois, a par soucis de transparence décidé suite au Doritos Gate de préciser en bas de ses articles quels ont été les "facilités" fournie par l’éditeur (avions, hôtel, resto, ...) pour aller voir le jeu. Je trouve la démarche très bien et ce soucis de transparence devrait être la norme. Ce genre de décision ne dépend que des chefs de rédac.

    Voilà pour moi les sujets qu’il faudrait creuser. Car ne l’oublions pas, c’est la demande qui crée l’offre, pas l’inverse !

  • Pedrof Le 29 avril 2013 à 15:00

    J’ai l’impression d’être sur un Arrêt sur images des médias d’information jv en lisant cet article et c’est très agréable. La référence à un propos de Cédric Mallet tenu sur le forum de jeuxvideo.com, chapeau.

    Maintenant j’ai juste envie de dire un truc après avoir vu la vidéo : je n’ai trouvé ça ni drôle, ni pertinent.

  • Martin Lefebvre Le 29 avril 2013 à 15:15

    @Cedric Mallet : je savais bien que vous viendriez nous donner votre point de vue. :)

    En somme, il ne vous reste plus qu’à trouver un documentariste / reporter d’investigation pour produire un reportage sur la question... Evidemment le risque c’est que le résultat soit un peu dérangeant pour les éditeurs avec lesquels vous devez travailler. D’où la difficulté, malgré une bonne volonté que je ne vous nie pas, de proposer une critique de l’intérieur...

  • Martin Lefebvre Le 29 avril 2013 à 15:27

    @Pedrof : je sais pas si on a le droit de parler de Pierre Carles sur ASI, même plus de dix ans plus tard ;)

  • Siklaris Le 29 avril 2013 à 16:11

    En posant quelque questions au directeur de JVC, on voit bien que la chronique d’Usul le travaille mais je ne pense pas qu’elle soit si contre-productive ou dangereuse qu’on pourrait le dire.
    Sa réponse : "Je pense effectivement que la chronique d’Usul est un élément de plus dans cette réflexion, et je suis pour le fait qu’il existe ce type de garde-fous."

    Usul n’enfonce pas le clou en fantasmant sur une forme de corruption, d’un complot éditeur-journaliste, mais il montre plutôt que le système, dans sa structure actuelle, n’est pas assez clair et qu’il existe des conflits d’intérêts dans certains cas. Il pose la question de savoir ce que l’on veut comme type de presse, comme ligné éditoriale ? Il souligne, me semble t il, un manque ; je fais partie de ceux qui aimeraient en effet voir des journalistes de JV aller creuser certaines questions directement auprès des éditeurs, de représentants, avoir ce courage là.

    Ce n’est pas pour rien que je viens souvent sur Factornews ou Merlanfrit, mais au moins Usul permet à un public plus large de s’approprier cette question, c’est mieux que de rester dans l’illusion d’une presse vidéoludique irréprochable. Ce n’est certes pas le cas des personnes qui viennent ici, mais beaucoup sur JV.com n’ont pas ce sens critique, et ce n’est pas plus mal. Usul le disait lui même : " si tu as des choses à dire et que tu le fais de manière obscure, c’est que t’es un hypocrite. Alors ça veut pas dire que tu peux pas être subtil, hein ! Mais pour que le message soit reçu, il faut que ce soit pop, agréable à regarder. En fait, j’applique la même méthode que Call Of Duty (rires) : je te fais un objet fun, et derrière il y a le fond idéologique. Mais faut garder en tête l’idée de faire un truc cool, sinon tu ne parles qu’à toi et à ceux qui te ressemblent. "

    Tous cela a le mérite de faire réfléchir !

    Bien à tous, A.L.

  • Rémi Le 29 avril 2013 à 17:41

    C’est incroyable à quel point le merlan frit est devenu bon !
    Des articles originaux, dont on ne trouverait pas d’équivalent en anglais, et une sensibilité sociale. Des analyses sur les structures, et pas seulement sur les personnes. C’est incroyable, enfin un pont entre acrimed et le jeu vidéo, enfin des critiques sur les structures.

    Bref, ça fait quelques temps que j’ai envie de vous le dire, donc je le dis enfin, vous faites un boulot incroyablement bon ! Merci pour tout le temps que vous y consacrez, une association comme la votre, ça nous manquait.

  • sachaguitry Le 29 avril 2013 à 20:20

    « Et voici les "raccourcis" de la fiction qui rattrapent leur "coupable" ! On peut partager les doutes de M. Mallet quant à la rigueur de la dénonciation, tout en rigolant doucement au "conformisme intellectuel" qui, surtout dans le monde de la presse vidéoludique et notamment sur Jeuxvideo.com, consisterait en un trop plein d’impertinence. Comme le faisait remarquer sur Twitter un facétieux , on pense immédiatement au discours des éditocrates de Main basse sur l’info, ce chef d’oeuvre d’auto-complaisance des puissants. »

    Le passage en question est manifestement mal passé, pourtant je ne peux m’empêcher de rejoindre entièrement son auteur. Je considère qu’il n’a fait qu’énoncer une vérité générale, valable aussi bien dans le cadre de son entreprise que pour le reste. Plus que de se préserver d’un trop plein d’impertinence, je pense que M. Mallet a appelé à un peu d’honnêteté intellectuelle. Or taper sur un groupe ou un système, notamment parce que cela flatte un public en quête de subversivité, qui plus est via une fiction qui ne donne aucun droit de réponse aux principaux intéressés, c’est pas plus propre que de répéter les mensonges dictés par les couches supérieures de la hiérarchie sociale afin de préserver les intérêts de celle-ci (j’espère ne pas en faire trop dans le registre Zola pour le coup)...

    Je pense que personne ne peut vraiment être blâmé dans cette affaire... Si le directeur de jeuxvideo.com est resté sain dans sa réaction (bien qu’il regrette aujourd’hui la rapidité de celle-ci), Usul a pour lui une expérience (notamment son passage sur Arrêt sur Image, qui lui avait d’ailleurs donné la possibilité de démonter un peu plus élégamment un certain JC, même si c’est jamais facile face aux caméras et à l’enthousiasme débordant des interlocuteurs) qui lui permettait d’exprimer ses doutes. Je suis peut-être naïf mais il me semble que chacun a pu parler et que personne n’a de flingue posé sur sa tempe, contrairement à l’image un peu fantasmante qu’on pourrait se faire de la situation.

    Finalement, si quelque chose m’interpelle, c’est le discours un brin fataliste consistant à accepter que les éditeurs et annonceurs aient droit d’exercer leur travail (ce qui est vrai) et... de s’arrêter là, tout simplement... En réalité ce n’est pas tout à fait vrai puisqu’Usul reste relativement libre et n’a pas du tout été censuré dans sa dernière chronique et que M. Mallet a donné des preuves suffisantes de sa bonne volonté, mais je comprends que cela ait suscité de votre part quelques mots acerbes à son égard (bien que le passage sur le côté prétendument tire-larme de la note de blog du principal intéressé soit un peu vache).

    Toujours est-il que la réflexion de "FortyTwo" sur l’indépendance était bonne et ne mérite pas un tir à boulets rouges... aussi gênante soit-elle pour certains de ceux qui se prévalent justement de leur propre indépendance sous couvert d’une irrévérence mal placée et tirant un peu vers la démagogie.

  • sachaguitry Le 29 avril 2013 à 20:42

    @Raveline

    Le plus intéressant reste sans doute la réaction du Directeur Général de Jeux Video.com, qui illustre (si on en avait encore besoin) l’extraordinaire capacité à la langue de bois qui anime la plupart des acteurs du milieu.

    C’est bien sévère. Ainsi, à moins que je fasse un faux sens malencontreux, et si je veux grossir le trait, le vilain DG nous a fait un tour d’illusionniste démago.

    Il vous faudra peut-être (re)lire ses autres réactions (car il n’y a pas que la note de blog en question), référencées dans les notes en fin d’article. Il me semble que cette langue de bois est quand même assez franche sur ses motivations dans le traitement de la micro-polémique suscitée par la chronique d’Usul...

    Quant aux silences portant sur les questions relatives aux relations entre éditeurs et journalistes, il me semble que beaucoup a été dit et que FortyTwo n’a pas contesté un seul instant le contenu de la chronique, seulement les vices entachant la démarche de l’équipe du 3615.

    Alors accabler les "acteurs du milieu" je veux bien, mais quand ça porte sur un intermédiaire qui ne rechigne jamais à la discussion et qui est de bonne foi et non sur les sources même des pressions qui peuvent s’exercer sur lui, c’est à la limite de l’intransigeance. C’est évident, il n’y a que deux camps, et si le directeur général de jeuxvideo.com n’est pas à fond derrière Usul, c’est forcement qu’il veut sa peau pour arrondir ses fins de mois.

  • Toea Le 29 avril 2013 à 22:37

    Je trouve que pas mal de commentateurs de cet article oublient que les chroniques d’Usul ne s’adressent pas aux lecteurs de merlanfrit.net mais à ceux de jeuxvideo.com, et ce n’est pas vraiment le même public...

    C’est quand même un tour de force de réussir à aborder le sujet sur un site grand public, d’une façon attrayante pour ce grand public, tout en réussissant à ne se faire taper qu’un petit peu sur les doigts. La fiction me semble être le seul moyen qu’ils avaient pour parvenir à ce résultat. En faisant uniquement parler des personnages, ils évitent de s’adresser aux spectateurs en leurs noms, comme ils le font d’habitude quand ils parlent à la caméra, ce qui aurait été carrément plus mal pris par la direction. Quand au fantasme d’un vrai reportage sur un site plus indépendant... Oui, bien sûr, c’est juste pas du tout la même chose, ça serait surement plus pertinent, mais ça ne toucherai pas la même cible. Là, ils ont parlé au grand public qui n’avait jamais entendu parler de Doritosgate, et je trouve ça bien et malgré tout couillu.

  • Steph Le 29 avril 2013 à 22:54

    Martin, tu es devenu fou ?

    Pierre Carles ?! Et pourquoi pas Karl Kraus !! Le pauvre Pierre Carles, blacklisté, insulté par les "intellectuels" de la presse et les autres, et aujourd’hui véritable cocu de l’histoire.

    Pedrof, il faut avouer qu’il y a quelque chose dans l’air "ravi de la crèche" du journaliste de la vidéo qui touche juste. L’inventaire des arguments vaut le coup également "ca a toujours été comme ça", "tu ne peux pas comprendre, t’es pas dedans, mais tu verras", "fasciste !". Courage ;)

  • Hippa Le 29 avril 2013 à 23:06

    Hum, les vidéos des premiers "fans" d’Usul, c’est plutôt une tradition youtube, et maintenant Nesblog,
    Je vais aussi voir ses chroniques sur JV.com, mais ça ne fait pas de moi un lecteur du site.
    Quand à Pierre Carles, ce n’est plus tout à fait tabou sur @si : (lien abonné) http://www.arretsurimages.net/conte...
    Pour le reste je ne suis pas sûr de ce que l’on doit appeler humour (faut t-il sourire, rire à gorge déployée, ou simplement apprécier les bonnes phrases pour se dire sensible à une chronique d’Usul ?). J’ai en tout cas remarqué qu’Usul se garde bien et à plusieurs reprise de se déclarer journaliste.
    Et bon, vu les réactions que ça déclenche (un peu comme pour Mar_Lard), c’est bien qu’on touche une corde sensible je pense.

  • Steph Le 29 avril 2013 à 23:21

    Désolé pour le doublon mais petit ajout : je me demande tout de même si Usul n’a pas raison aussi dans la forme.

    Comprendre : la stratégie de l’argumentation et du raisonnable ayant produit absolument queue dalle (ce qui est tout à fait normal et attendu jamais un article de MF ne changera la presse du jv et MF n’est pas assez fou pour penser que cela est possible) l’efficace de la critique étant douteux, il n’est pas absurde de lancer l’opprobre sur le mode satirique...

  • Paul Le 29 avril 2013 à 23:46

    Comme d’autres ici, je trouve ça étrange qu’on accuse cette chronique d’Usul d’être ce qu’elle est, c’est à dire une fiction, une satire. Je suis même plutôt mal à l’aise quand à cette idée qui consiste à dire que le recours à la fiction serait un aveu d’impuissance. Je ne vois pas pourquoi ce chroniqueur, qui n’a jamais fait que des pastiches, devrait s’excuser d’avoir choisi une fois de plus cet angle d’attaque, tout comme je ne vois pas pourquoi il devrait s’excuser d’avoir choisi un sujet trop brûlant, ou trop "réel". Je trouve même l’idée du rapprochement avec Pierre Carles aussi intéressante, voire plus intéressante, qu’un "véritable travail d’investigation" sur le milieu de la presse vidéo-ludique.
    D’accord ce n’est pas une critique sérieuse du coup, et alors ?

    Quitte à enfoncer des portes ouvertes on remarquera qu’on a le droit ici aux critiques habituelles adressée à ce type d’exercice.

    Oui, en restant vague une fiction ou une satire prends le risque de s’attaquer à tout et à tout le monde sans indistinction : c’est son but.
    Oui, parfois une fiction noie le poisson et on est en droit de se demander si elle ne contribue pas précisément, en se réfugiant dans le fantasme, à dissimuler à son insu (ou pas !) des faits bien réels dont le dévoilement serait problématique pour certains. C’est l’hypothèse archi-rebattue du "bouffon du roi".

    Donc une fiction, grand scoop, distord la réalité, la repousse dans le folklore. Elle est "à limite" comme vous dites. Ce n’est pas mal, ce n’est pas bien, c’est son but. Le "pouvoir" l’accusera de semer le doute et de chercher à le déstabiliser, d’autres l’accuseront au contraire de conduire à légitimer ce même "pouvoir", de n’être que du divertissement. Bien sûr tout le monde a raison et bien sûr tout le monde se trompe.

    C’est d’ailleurs tout l’intérêt d’une satire, ce qui la rend aussi vitale que n’importe quel reportage d’investigation, et quelque part plus dérangeante : elle n’est pas vraie mais vous ne pouvez pas faire comme si elle n’existait pas.

  • Steph Le 30 avril 2013 à 00:03

    ou satirique ... (modération svp ! j’ai honte) :)

  • sachaguitry Le 30 avril 2013 à 00:09

    « Au final, ceux qui sont persuadés d’avoir la vérité, et qui diffusent ainsi des jugements sans fondements, finissent par avoir raison, car il est impossible de leur répondre à tous, de leur donner les éléments pour démontrer qu’ils ont tort »

    Je reviens sur ce passage qui vous a semble-t-il bien fait rire en posant une question : comment pouvez-vous suggérer que les journalistes mis en cause mènent eux-mêmes l’enquête que vous réclamez dans un système où l’on doute de tout et de tout le monde (je cite : « mais comment ne pas lui reprocher, si le danger est aux portes, de ne pas demander aux journalistes qu’il emploie d’enquêter pour faire toute la vérité ? ») ?

    Quelle crédibilité soudaine accorderait-on à ces mêmes journalistes qu’on conspuait pour leur complaisance éventuelle avec les éditeurs ? Et pour quelles raisons se priverait-on de remettre en cause la sincérité de leur reportage sur la question et de soulever l’hypothèses de censures, de coupes qu’aurait pu subir celui-ci sous la pression des puissants ?

    Quand on commence à envisager les choses sous l’angle du complot permanent et généralisé ou à considérer que tout le système est vicié et qu’il n’y a rien à faire, les premiers accablés par ces accusations (qui sont pas toujours les premiers coupables) auront beau argumenter, gesticuler et protester, on n’aura que peu de raison de les écouter. D’où la dénonciation de ces jugements hâtifs qui désamorcent toute contradiction en ce qu’ils sont simplement indémontables alors que peu ou pas argumentés, ou tout du moins fondés sur des impressions, des flous, des réalités interprétables dans divers sens... (ce que la "méthode Pierre Carles" évite). Finalement, la seule parade à mon sens pour les accusés, c’est de retourner l’arme de la diffamation à leur profit...

    Je conteste par ailleurs l’idée selon laquelle les chroniques d’Usul ne seraient pas bien sérieuses. Aussi exigeant intellectuellement soit-on, sa dernière vidéo partait d’une initiative assez intéressante et franche, et il a pu exprimer efficacement certaines idées tout en restant dans le format du 3615. Par ailleurs la fiction n’est à mon sens pas un problème. Le public habitué des 3615 saura faire la part des choses, et de toute façon le but n’était certainement pas de lancer un grand mouvement de protestation mais plus de partager un point de vue et de faire tourner certaines questions, qu’importe l’impact réel de cette chronique et le nombre de personnes qui l’auront comprise... Usul sait ce qu’il fait et ses ambitions sont probablement plus mesurées que la polémique actuelle.

  • Rastagong Le 30 avril 2013 à 01:57

    Je rejoins les commentaires précédents, je trouve que la vidéo d’Usul sert à merveille sa cause. C’est un peu schématique de croire que parce qu’elle utilise le format de la fiction, elle n’aura aucune emprise sur ceux qui la regardent. Au contraire, la conclusion rappelle qu’il y a du vrai derrière tout ça : en montrant que le reportage (fictif) échoue et qu’on lui propose un 3615 détendu à la place, on comprend qu’Usul lui-même aimerait traiter du sujet plus en profondeur. On devine que l’exercice est délicat, et que son rôle de chroniqueur est problématique pour JV.com.

    Et, en soi, Usul utilise toujours le même genre de procédés dans ces critiques : il caricature des comportements, non pas pour les rejetter comme des fantasmes, mais bien pour les critiquer. Il suffit de prendre l’épisode sur « Le bon goût » pour s’en rendre compte. Et puis, il faut pas prendre le lecteur de JV.com pour le premier idiot venu non plus. S’il est capable d’identifier les personnages et rôles joués, il comprendra vite de quoi il s’agit.

    Et au vu de la gêne provoquée par la vidéo, je crois bien qu’Usul a réussi à relancer un débat qui était enterré.

  • Guy Le 30 avril 2013 à 09:32

    Je suis pas certain qu’en pastichant Pierre Carles, Usul déguise son envie d’enquêter en profondeur le sujet. Par contre, ça lui fait une bonne source d’inspiration pour construire (sans se fouler, mais en dressant un parallèle plus général avec les journalistes médias - tout aussi mal vus par la population) un sketch rigolo. Ensuite, les documentaires de Carles - d’après ce que j’ai vu et de l’aveu même du journaliste - sont surtout mis en scène de sorte à faire chier ses interlocuteurs. Il est plus proche d’un Laurent Baffie (lorsqu’il fait de la caméra cachée) que d’un gars qui infiltre et fouille un milieu pour en extraire de la vérité. On est tout de même plus dans l’impertinence humoristique que l’investigation sérieuse.

    Après, ce que je trouve ironique, c’est le fait de voir qu’une vidéo sur l’indépendance se retrouve au final censurée. Même un tout petit peu. Même si ce n’est apparemment pas la première fois que ses vidéos sont "rabotées" par la rédaction de jv.com (moins de vulgarité, par exemple), je soupçonne Usul et son équipe d’avoir volontairement joué les sales gommes (à la Carles) pour mettre en pratique de façon détournée le fait que - depuis l’intérieur du système - on ne pouvait pas être totalement libre. Because of [insérer ici l’excuse préférée du bon samaritain] préserver la susceptibilité de nos partenariats, ne pas égratigner les confrères, ne pas mordre la main qui donne à bouffer, penser aux intérêts communs, etc.

  • Guy Le 30 avril 2013 à 09:34

    * sales gommes = sales gosses

    LE LAPSUS !!!

  • Bulbi Le 30 avril 2013 à 11:08

    Sur l’article d’@si on peut lire : " Et le voyage à Seattle ? Une non-affaire pour Cédric Mallet : "J’en ai discuté avec le rédacteur en chef, c’est aussi notre rôle de suivre ce qui se passe". Même s’il ne s’est dit pas grand chose lors de ce voyage..."
    La tournure est un peu racoleuse, je ne pense pas que C. Mallet considère que c’est une non affaire, mais dans les faits c’est une non affaire. Le home de game blog (blindé de pub Destiny, donc sur un jeu dont on ne savait rien) + les 7 pages de Rahan n’ont provoqué aucune réaction de personne (hormis Merlanfrit). Alors faut avouer que la suspicion, c’est surtout les sites qui l’entretiennent avec leur manque d’esprit critique, à toujours défendre leur sacro sainte indépendance quand les preuves sont accablantes. C’est pas tant la maladresse d’Usul qui est critiquable, si maladresse il y a, que celle de ce petit milieu pris entre deux chaises qui tente constamment de justifier une situation intenable.

  • sachaguitry Le 30 avril 2013 à 13:56

    « Après, ce que je trouve ironique, c’est le fait de voir qu’une vidéo sur l’indépendance se retrouve au final censurée. Même un tout petit peu. »

    Un tout petit peu oui, parce que d’une part la première version reste disponible et que l’encart d’origine a bien circulé, et d’autre part parce que le motif de ce que vous appelez censure est pas totalement abracadabrantesque et malhonnête.

    On se doute bien que c’est pas ce léger changement qui va empêcher le plus grand nombre de comprendre que la vidéo est inspirée de fait réel, c’est trèèèès largement suggéré, et même le second encart le laisse penser à travers la référence à Pierre Carles. En l’occurrence il s’agissait plus de ne pas prétendre connaître ce qu’on n’a pas vécu.

    Je sais que dire que les gens voient le mal partout passe pour de la langue de bois mais c’est difficile de retenir un soupir quand on voit ressortir ce vieux réflexe digne d’un élève de terminale mécontent de sa note de philo au bac qui consiste à crier à la censure à la moindre contradiction... (que personne n’y voit une attaque personnelle).

  • Guy Le 30 avril 2013 à 15:01

    Si je ne m’abuse, l’astuce du second encart (mettre en avant la référence à la forme journalistique de Carles) est de gommer le fond qui a réellement inspiré Usul : à savoir l’affaire "Destiny". Je trouve la censure moins pertinente, de mon point de vue. Et je suppose que là est son objectif héhé.

    Prendre en grippe le "Librement inspiré de faits réels" pour accuser Usul de parler de choses qu’il n’a pas vécu, c’est comme reprocher à un cinéaste de se servir d’une "histoire vraie" pour imaginer une facette possible de la réalité. Artistiquement, c’est tout à fait louable. D’autant que les codes de la vidéo d’Usul ne trichent pas avec le spectateur : la parodie est évidente. "Librement inspiré" me paraît suffisamment explicite en tout cas.

  • Cerberus3000 Le 30 avril 2013 à 19:39

    ’ ....laisser une liberté totale à un individu peut le conduire à abandonner lui-même son indépendance, consciemment ou inconsciemment. ’

    C’est du pur Orwell ! :-)

    Non, USUL n’est simplement pas encore entré dans le moule. Il ne comprend pas que sa présence est seulement souhaitée s’il fait semblant d’être hors les lignes ... J’ai beaucoup aimé !

  • sachaguitry Le 30 avril 2013 à 20:37

    « Prendre en grippe le "Librement inspiré de faits réels" pour accuser Usul de parler de choses qu’il n’a pas vécu, c’est comme reprocher à un cinéaste de se servir d’une "histoire vraie" pour imaginer une facette possible de la réalité.  »

    Usul n’est pas (encore) un cinéaste, il y a une différence entre un 3615 de dix minutes et un film historique comme Amen (par exemple) ou un documentaire ayant donné lieu à un vrai travail de recherche ;)

    Je suis quand même un peu d’accord, même si le procès d’intention fait à Cédric Mallet me semble toujours être à charge, avec ces accusations de censure qui reviennent sans cesse... Ses motivations sont pas farfelues, elles peuvent être discutées mais elles ne sont pas forcement mensongères.

  • Guy Le 30 avril 2013 à 20:52

    Sans viser le docu-fiction ou le film historique, le "Inspiré d’une histoire vraie" en cinéma est tout de même une belle tarte à la crème que nous sortent les cinéastes pour tenter d’accrocher le spectateur. C’est plus souvent un argument commercial bidon que le gage d’une sincérité, dans mon idée. Le principe s’applique à plein d’autres domaines en passant (bouquin, série tv, etc). Je pense que la vidéo d’Usul se joue aussi de cette idée-là : s’inspirer d’un fait réel pour imaginer des trucs par forcément proches de la vérité, du moins volontairement déformée (en tant que caricature). Je le crois capable d’avoir cette distance.

    Concernant la réaction de Cédric Mallet, je la trouve naturelle pour ma part dans le sens où il protège l’intérêt de son site, de ses rédacteurs, tout ça. C’est une réaction humaine. Je la condamne pas. Par contre, on peut jouer sur les mots, mais à preuve du contraire, un chat est un chat. Le fait d’avoir modifié cet encart - pas du tout anodin à l’origine imho - c’est bel et bien de la censure au sens propre du terme.

  • Martin Lefebvre Le 1er mai 2013 à 10:18

    La réponse d’Usul (autour des 15 mn) : http://fr.twitch.tv/usulmaster/b/39...

  • BlackLabel Le 1er mai 2013 à 17:49

    Je ne crois pas une seule seconde à l’indépendance de jeuxvidéo.com, mais la réaction de monsieur Mallet me semble appropriée. Cette parodie médiocre enfonçant des portes ouvertes en se fondant sur rien est une insulte pour les personnes pour qui il travaille.

  • Olivier Le 2 mai 2013 à 07:17

    Dans ce http://fr.twitch.tv/usulmaster/b/39... , la discution de 1h27 à 1h40 est interressante par son réalisme.

  • Bob Smith Le 9 mai 2013 à 14:57

    Pas un énième retour sur ce 3615, mais une émission où Usul exprime plus clairement sa vision, son rôle et ses motivations : https://soundcloud.com/bearub/une-m...

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