Supplément Week-End

Factorio

Inventaire

Il y a mille et unes façons de jouer à un jeu vidéo. Le problème, pour les comparer, c’est qu’il est souvent difficile d’en regarder les traces. Sauf si le jeu consiste justement à dessiner sur une carte. Même si vous n’avez jamais osé plonger dans Factorio, que son seul nom vous épouvante, jetez donc un œil : il y a quelque chose d’édifiant dans la multiplicité des constructions possibles. Chacune a ses avantages et ses inconvénients dans le jeu, mais plus important, chacune est un reflet de la structure mentale de son créateur, qui y aura passé des dizaines, voire des centaines d’heures. D’où la tentation forte de faire ressortir une classification, parce que tout le monde adore mettre les autres dans des cases. Une analyse garantie d’avoir la précision psychologique d’un test Biba.

Le Plat de Spaghetti

Ah, les fameux lacets de tapis roulants. On peut se moquer : tout le monde commence par là, car le Spaghetti est parfaitement symptomatique de celui qui ne sait pas vraiment ce qui l’attend. Le joueur pose quelques tapis roulants, desservis par des bras articulés, puis quelques machines. Déverrouille une technologie supplémentaire, décide alors de prolonger les lignes. Mais comme il n’avait pas prévu son expansion, il se retrouve à dessiner des zig-zags, avant de se rendre compte que son approvisionnement était de toute façons bien trop limité, alors il tente d’en rajouter de l’autre côté. Sans parler du labyrinthe de l’industrie pétrolière, qui nécessitera trois ou quatre essais avant de ressembler à quelque chose. Ça crachote, ça hoquète, mais ça n’est pas grave, ça n’est pas vraiment destiné à durer. Un beau jour, le joueur jettera tout ça avant de redémarrer ce qu’il croit être "une usine propre". Le naïf.

Profil : débutant, ou n’aime décidément pas planifier.

Le Bus

Réglons tout de suite la question : oui, le Bus est incontestablement la stratégie la plus efficace. Tirant son nom du concept électronique, un simple faisceau de tapis roulants irrigue l’ensemble de la construction, lui-même alimenté par une flopée de mines de métal. À chaque fois que l’on veut ajouter une nouvelle branche, il suffit de se branche sur le câble principal. Très simple en apparence — à haut niveau, se posera tout de même la question de l’équilibrage des lignes —, extensible pratiquement à volonté, le Bus plaît forcément à tous ceux qui cherchent à passer un coup de peigne dans le fouillis factorien. Ah, certes, il est fonctionnel. Mais franchement, il n’est pas très rigolo.

Profil : peu bricoleur, vise la performance.

Le Réseau Ferro-modulaire

Même — surtout ? — dans les niches des jeux de production, les communautés aiment à se subdiviser. Face aux Marchands de Tapis, la Confrérie du Rail s’emploie à maximiser l’usage du chemin de fer et vante les mérites de ses usines modulaires. Plutôt qu’un seul bloc difficile à modifier, disent-ils, mieux vaut découper son industrie en de petits morceaux reliés par des locomotives. Selon le degré de maniaquerie du concepteur, les succursales sont placées à la volée, ou bien agencée en une grille régulière comme dans l’exemple ci-dessus. Ajouter une production ou en doubler une autre est alors facile, il suffit de brancher des rails supplémentaire, et roule Marcel. C’est vrai, mais cela ne prend pas en compte la mise en place initiale du système, qui peut se révéler ardue. Sans mentionner la problématique des intersections, qui nécessitent de bien distinguer ses signaux de ses pré-signaux.

Profil : perfectionniste et un peu snob. Jouait précédemment à OpenTTD.

L’Usine Volante

Il est libre, Max ; y’en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler. Troisième guilde dans la communauté des joueurs, les Fous Volants sont ceux qui ont décidé de ne plus s’embarrasser des contraintes de placement. Leur armée de drones véhicule sans collision les paquets de point en point : on peut donc placer n’importe quoi n’importe où, dès lors que l’on détermine l’entrée et la sortie de chaque machine. Les amateurs de tapis ou de rail crient à la triche. N’empêche, ces milliers de robots, tantôt chaotiques, parfois semblables à des nuées de passereaux, ont quelque chose d’émouvant. Du moins jusqu’à ce que votre PC se soit liquéfié, car ces petites bêtes sont particulièrement gourmandes en processeur.

Profil : assez flemmard. Propriétaire d’une grosse machine.

Le Tapis à Sushi

S’il y a une règle fondamentale dans les jeux de production, c’est de ne jamais croiser les flux. Dans Factorio, elle est aisée à comprendre : chaque tapis roulant accueille deux lignes, donc au maximum deux types d’objets différents. Bien évidemment, le propre d’une règle est d’être transgressée. Le Tapis à Sushi, du nom du type de restaurant, enlève cette limitation et jette pêle-mêle composants et produits dans les mêmes tuyaux. Ce que l’on gagne en facilité de tracé — il n’y a plus qu’un seul tapis —, on le perd en complexité de réglage, mais au centuple. Car pour éviter qu’un seul élement ne congestionne le tout, tout doit être calculé pile-poil à l’aide d’opérateurs arithmétiques et de formules complexes de modélisation de trafic. Le Tapis à Sushi est donc réservé aux amateurs de challenge avant tout le reste, y compris l’efficacité. Le plus étonnant est que cela puisse fonctionner, tant qu’on ne lui demande pas un débit trop important.

Profil : mi-masochiste, mi-artiste.

Le Maître Spaghetti

Celui-là n’a rien à voir avec notre tête de liste, car contrairement au débutant, il sait parfaitement ce qu’il fait. Son but n’est pas d’être efficace, ni spécialement compliqué. Il trace sa route, c’est tout, et il aime particulièrement remplir tous les trous. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est lorsqu’il s’arrête de jouer quelques instants pour regarder battre le grand cœur de son golem industriel. L’exemple ci-dessus nous vient de V435000, développeur du jeu lui-même :

As some of you may have already noticed, I enjoy constructing very organic factories, a part of which eventually turns into a crazy mess. A mess as crazy as Factorio itself, representing what your will brain look like after playing Factorio.

C’est noté.

Profil : maître zen, à la recherche du next level.

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